La situation actuelle de la France vient d’une crise qui frappe notre pays depuis la fin des années 1970, voire depuis la révolution industrielle. Car cette crise n’est pas uniquement sociale et économique, elle est surtout sociétale. Les Françaises et les Français, inquiets, se sont recroquevillés sur eux-mêmes tout en rejetant une vision dynamique de la France et de l’Europe dans le monde, vision qui bouscule par trop une imagerie traditionnelle et sécurisante de notre pays qui pourtant ne correspond plus du tout à la réalité du XXI° siècle. Ce rejet est d’autant plus fort qu’il s’accompagne, selon une majorité des citoyens, structurellement, d’une crise économique, d’une régression sociale, d’un reflux identitaire et d’une disparition de la « grandeur universaliste » française. foi dans un avenir meilleur.

 

C'est pour cela, j’ai décidé de créer un blog baptisé «  La France Réconciliée  » qui veut  contribuer au débat pour un renouvellement de la démocratie dans le cadre d’une société libérale et sociale qui place l’humain au centre de sa vision.


Alexandre Vatimbella

Vendredi 1 décembre 2006

Où va se passer l’élection présidentielle ? A Droite, à Gauche, au Centre ? Sur les valeurs, sur l’économie, sur la sécurité, sur le social ? Au regard des qualités des candidats ou de leur image sur papier glacé (un femme, un fonceur, un rassembleur, etc.). Il est souvent difficile de prédire ce qui sera, en fin de compte, l’élément essentiel qui déterminera le corps électoral à choisir un candidat parmi les autres. Reste que plusieurs indices montrent que le positionnement au centre risque de (re)jouer un rôle majeur en 2007.

 

 

Bien évidemment, comme d’habitude, les candidats vont ratisser large avec un discours à la fois « marqué » pour mobiliser l’électorat traditionnel de leur camp et « consensuel » pour ratisser le plus large possible, vers cet électorat « modéré » qui se situe au centre de l’échiquier politique. Mais, ce qui risque d’être nouveau en avril prochain, c’est le rôle central du discours consensuel.

 

 

Alors que les temps étaient récemment à une distinction tranchée, droite contre gauche, il semble que le balancier politique soit de nouveau stabilisé au centre. C’est ce que semble, en tout cas, signifier les résultats des récentes élections à mi-mandat américaines et c’est ce que semblent montrer les positionnements des différents candidats à l’élection présidentielle de 2007. Serions-nous enfin dans l’universalité de la « Troisième voie » chère à Bill Clinton, celle qui fut reprise par un Tony Blair qui édifia son « blairisme » sur ce socle ? Universalité qui serait d’autant plus prégnante que l’évolution de la Droite et de la Gauche se fait, depuis des années, vers le Centre et non vers les extrêmes, ce qui permet, d’ailleurs, la résurgence des partis extrémistes des deux côtés du spectre politique. Mais, même s’il ne faut pas nier ce mouvement, reste que Droite et Gauche ne sont pas le Centre.

 

 

Qu’est-ce donc que le Centre exactement ? Cette question est loin d’être sans intérêt puisqu’un candidat à l’élection présidentielle, François Bayrou, revendique cette étiquette (« centriste révolutionnaire », précise-t-il) et que les médias – en attendant, peut-être, les électeurs – lui porte de plus en plus une attention particulière. Rappelons, rapidement, que le Centre est aussi vieux que la Droite et la Gauche. Il naquit, comme ses deux compères, lors de la Révolution et fut même la force politique dominante à l’Assemblée Constituante.

 

 

Souvent, le Centre a été défini comme une mouvance souple qui pratiquait le compromis, voire la compromission. Ses dirigeants étaient plutôt associés à des hommes politiques ambitieux qui, comme un Edgar Faure, pouvaient naviguer sans aucun scrupule de gauche à droite selon les modes politiques et les strapontins offerts (même si Edgar Faure fut un homme politique des plus brillants).

 

 

Ce serait faire injure aux militants centristes que de ramener le Centrisme au seul opportunisme politique. Car, être au Centre, c’est se définir comme un humaniste qui recherche avant tout à réconcilier les citoyens, à les faire avancer tous ensemble, même si leurs intérêts individuels peuvent être divergents, afin de bâtir une société équilibrée où chacun doit avoir la sensation qu’il compte et que ses revendications sont prises en compte. C’est bâtir une communauté réconciliée parce qu’unie dans un même élan solidaire permettant l’épanouissement de chacun.

 

 

Dès lors, le Centre est une pensée éminemment unitaire et pragmatique, un libéralisme social par évidence. Libéral parce que le Centre reconnaît que le moteur du progrès et de l’évolution de la société passe par la liberté. Social parce que le Centre sait que la sécurité des citoyens, à tous les niveaux, passe par la solidarité et une organisation qui ne laisse personne sur les côtés de la route.

 

 

Une fois le Centre défini, on voit que n’y est pas qui veut. Et si l’élection se fait au centre, ceux qui essaient de ratisser large ne le font souvent que pour obtenir les quelques voix qui feront la différence. Car la plupart des candidats sont des diviseurs et non des rassembleurs même s’ils affirment le contraire. Proposer, par exemple, dans des slogans réducteurs de « faire payer les riches » ou de « remettre la France au travail », c’est nier, d’un côté, la liberté nécessaire au bien être du pays et, de l’autre, injurier ceux qui travaillent dur ou ceux qui ne parviennent pas à trouver un emploi.

 

 

C’est pourquoi, seul le Centre, dans une politique de juste équilibre, peut réconcilier les Français entre eux, réconcilier les Français avec leur pays, réconcilier les Français avec la politique. Seule cette dernière réconciliation peut permettre de gérer le présent en pensant à l’avenir et de prévoir l’avenir en construisant le présent. Et les défis ne manquent pas…

 

 

 

Alexandre Vatimbella

 

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Mercredi 6 septembre 2006

Tentons modestement de prendre de la hauteur. Le monde du XXI° siècle est le fruit d’une mutation de grande ampleur qui a débuté dans le courant du XIX° siècle. Cette mutation a engendré des adaptations successives, parfois par paliers, des sociétés et des personnes. Depuis quelques décennies, dans ce que nous pouvons appeler sans conteste un « nouveau monde », des questions fondamentales sur l’humain et son existence se posent avec plus d’acuité. Celle qui semble la plus importante, voire la plus urgente à résoudre, est l’avenir de la planète, notre avenir. Depuis que l’être humain peut détruire consciemment ou inconsciemment le monde (guerre nucléaire, destruction de l’environnement à grande échelle), l’humanité n’a en effet pas pu ou voulu s’unir pour résoudre les problèmes cruciaux qui ne pourront l’être qu’avec l’aide et la participation de tous les habitants de la planète. C’est la seule porte de sortie vers le haut, c’est-à-dire pacifiquement. L’autre porte de sortie est l’éclatement d’un conflit généralisé qui « rééquilibrera » le monde comme cela s’est produit tout au long de l’histoire. Ce qui permet de dire à certains que la guerre fera toujours partie de l’environnement humain.

 

 

Cependant, nous ne devons pas être dupe, non plus, d’un discours du catastrophisme (« tout va mal ») et de la mémoire courte (« c’était mieux avant »). Le monde tel qu’il est aujourd’hui est meilleur que celui dans lequel vivaient nos ancêtres sauf peut-être pour la classe la plus favorisée et encore. Tout simplement parce que 6 milliards de personnes n’auraient jamais pu vivre ensemble il y a même cinquante ou soixante ans. L’espérance de vie ayant déjà explosée à l’époque, gageons qu’une grande partie serait morte de maladies, de faim, de manque d’hygiène, etc. Donc, une partie des gens qui vivent aujourd’hui et se plaignent de leur sort ne serait même plus en vie, pire, n’aurait jamais existé pour se plaindre ! Sans doute, certains penseront que cela aurait été mieux sauf, sans doute, s’ils avaient été les sacrifiés... Désormais, selon les experts, l’âge auquel on devient « vieux » est de soixante-quinze ans et il devrait continuer à croître. Ce qui, par ailleurs, pose avec force l’organisation de la vie, notamment celle du travail.

 

 

Le produit du « progrès » est la société d’aujourd’hui. Maîtriser cette dernière est effectivement important mais pourquoi faire ? Revenir en arrière ? Continuer à aller de l’avant ? Mais quel arrière ? Quel avant ? Les sciences, la technologie, la biologie ont changé notre rapport à l’environnement et à la vie engendrant des espoirs mais aussi des peurs. Des avancées ont eu lieu mais sont apparues de nouvelles problématiques. L’électricité, le téléphone, l’électronique, l’ordinateur, la télévision, la voiture, l’avion, les antibiotiques, l’hygiène, parmi tant d’autres, ont bouleversé notre vie. Tout comme l’installation du chauffage, de l’eau courante ou de salle de bains dans les logements et la présence du réfrigérateur congélateur dans la cuisine. Qui peut réellement prétendre en toute connaissance de cause et sans catastrophisme démagogique que nous serions plus malheureux ?

 

 

Reste que beaucoup de problèmes d’aujourd’hui proviennent de l’évolution de nos sociétés et du progrès économique, social, technique et scientifique qui ont permis de formidables avancées et des sociétés plus riches, des avancées spectaculaires dans l’allongement de la durée de vie et dans la santé des humains avec leur nombre de plus en plus grand. Toute réflexion sur les problèmes d’aujourd’hui comme les problèmes environnementaux, les problèmes de richesse, etc. doit se demander où nous en serions sans les évolutions du XIX° et du XX° siècles. Le risque inhérent à notre présence sur terre fait que nous sommes mortels et que nous créons depuis toujours des conditions à notre disparition (avec une bonne hygiène, la peste de 1346 n’aurait pas eu de telles répercussions). Mais comment juger et faire des choses quand notre espérance de vie est passée de 30 à 90 ans ce qui a généré de nouveaux défis.

 

 

D’autant que nous sommes également, nous les Français mais aussi nous les Européens et nous les Occidentaux, responsables de ce qui nous arrive (baisse démographique, baisse du travail etc.). C’est nous, par exemple, qui avons voulu la mondialisation, d’abord pour inonder la planète de nos produits à la fin du XIX° siècle puis pour les fabriquer moins cher à l’étranger dès le milieu du XX° siècle et faire encore plus de profit, pour acheter moins cher et vivre dans un confort encore plus grand. Et d’ailleurs, cette mondialisation a eu des effets largement positifs sur le long terme.

 

 

Reste que la mondialisation est en train de produire son contraire, le nationalisme économique. Que ce soit en Europe, aux Etats-Unis et même en Chine (les récents déboires du TGV et les problèmes de SEB voulant racheter une usine chinoise le démontrent) et en Inde (où Coca Cola et Pepsi sont victimes d’une campagne de dénigrement orchestrée par les partis ultra-nationalistes), on parle de préférence nationale, d’invasion étrangère et autres expressions qui nous renvoient à quelques années en arrière, au début du XX° siècle… Tout ça n’est guère réjouissant.

 

 

Mais la mondialisation ne pourra vraiment réussir si elle n’a pas une dimension humaine. Celle-ci manque est c’est elle qui rend craintifs les peuples. Mais le nationalisme (qui n’a rien à voir avec la fierté d’appartenir à une communauté nationale) recèle tellement de dangers qu’il nous faut préférer la mondialisation quoiqu’il advienne. L’échange entre les peuples est toujours une ouverture vers l’autre. Le protectionnisme est la fermeture à l’autre, la méfiance de l’autre et le rejet de l’autre. Des éléments qui sont parmi les causes principales des guerres…

 

 

De même pour la pollution et l’utilisation des ressources naturelles. Même si il est impossible de dire quel est le « meilleur » climat pour la Terre et que nous savons maintenant que des villes comme Paris étaient largement plus polluées au début du XX° siècle qu’elles le sont en ce début de troisième millénaire.

 

 

Ce ne sont pas les autres pays qui sont responsables de nos problèmes, c’est nous.

 

 

Notre angoisse pourtant est là. Il faut dire que le monde change, souvent à la vitesse grand V et les personnes, partout dans le monde, sont désorientées. Il n’y a pas qu’en France ou en Europe que les résistances sont importantes. Mais, en Europe, ancien continent dominant la planète au siècle précédent, le niveau de vie et les protections sociales ont créé une sorte de bulle de protection - arrachée souvent de haute lutte - à laquelle les peuples sont viscéralement attachés pour des raisons fort compréhensibles. Rappelons que les enquêtes d’opinion montrent que les Européens sont prêts à gagner moins pour plus de protection et de loisirs que les Américains.

 

 

Les citoyens français sont aujourd’hui attachés à un confort et les clivages droite-gauche ne jouent plus pour les séparer sur ce terrain. Peu de gens veulent en effet moins de protection sociale, moins de sécurité, moins de guichets à la poste, etc. Nous sommes dans une société où la demande de sécurité et d’assistanat est d’autant plus importante que l’offre est plus importante qu’auparavant grâce au formidable enrichissement de nos sociétés. Revenir en arrière ou tout simplement figer les choses semblent impossible. D’autant que les gens n’ont plus confiance en l’avenir. Si demain n’est pas meilleur qu’aujourd’hui, pourquoi prendre des risques ? Il s’agit donc, pour réformer, de proposer une alternative et une vraie espérance. Mais, devant tant d’espoirs déçus, il est sûr que les citoyens ne sont pas prêts à se lancer dans le vide sans que les résultats précèdent leur changement de vision et de position. C’est donc à une certaine quadrature du cercle que nous sommes confrontés…

 

 

Aussi inquiétant, les Français sont ceux qui acceptent le moins les règles du marché, qui sont les plus pessimistes sur leurs valeurs quant à les sauvegarder et dans ce quelles peuvent les sortir de la crise. Plus inquiétant car, outre le fait que l’on ne sait pas très bien par quoi on pourrait remplacer le marché, l’adaptation au monde est une nécessité lorsqu’on ne peut pas ou plus le contrôler.

 

 

Dès lors, il faut proposer un « Contrat pour la France  » et une relance de l’Europe. Et ce contrat, cette relance, pour s’attaquer aux problèmes intérieurs de la France comme aux problèmes du monde, doivent mettre en avant la notion de… fraternité ! Nous avons absolument besoin de fraternité ! Lien social dans le pays (si trop de liberté tue l’égalité et si trop d’égalité tue la liberté, c’est bien de fraternité, de lien social dont nous avons besoin), lien humain dans le monde (le devenir de nos civilisations en dépend et à terme le devenir de l’espèce), ces liens non seulement nous sauveront mais nous permettront de continuer à aller de l’avant, non pas parce que c’est mieux ou par une dévotion au dieu progrès mais parce que c’est la condition de la vie qui est un combat qui recommence tous les matins quand nous nous levons.

 

 

Alexandre Vatimbella

 

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Samedi 22 juillet 2006

Nous voilà au début de ce XXI° siècle qui suscita tant de fantasmes, d’angoisses mais aussi d’espoirs dans les générations précédentes. Et pourtant, notre monde n’a guère changé par rapport au « vieux » XX° siècle que nous pensons avoir définitivement laissé derrière nous avec ses formidables avancées technologiques et économiques mais également avec ses terribles et sans précédent accès de barbarie … Il faut dire que dans la plupart des pays du monde, le « XXI° siècle » ne veut rien dire, si ce n’est que l’Occident est passé d’un millénaire à l’autre parce qu’il se base sur un calendrier spécifique (avec comme point de départ la naissance de Jésus) dont, de surcroît, le calcul est erroné… Ceci pour rappeler que ce XXI° siècle est, bien évidemment, le fils naturel du XX° et que les questions qui se posaient « à cette époque » demeurent toujours d’actualité. Il n’y a pas eu de mur de séparation entre un « avant » et un « après » avec un an 2000 où, reprenant la vision idéaliste de certains romanciers de science fiction des deux siècles précédents, nous aurions pénétrés dans un monde de paix, de progrès infini, d’abondance et de bonheur où nous voyageons tous dans des voitures volantes !

 

 

Et pourtant, il est vrai, qu’en dehors des symboles, nous sommes sans doute entrés voici quelques décennies dans une nouvelle ère caractérisée par l’explosion des technologies de l’information et une accélération vertigineuse des échanges et des interactions internationaux. Ce qui n’est pas sans conséquence sur notre existence et notre place sur cette planète. Ainsi de nombreux « mondes » cohabitent, des civilisations se côtoient et se mélangent (grâce aux moyens de transport et d’informations ainsi qu’aux images). Paradoxalement ces univers semblent, dans le même temps, s’éloigner de plus en plus quant à leur niveau de développement (certains humains, les plus nombreux, sont dans un dénuement presque total où seule la question de la survie quotidienne a un sens, d’autres se trouvent dans une abondance et dans des questionnements métaphysiques et psychologiques de la « post-modernité » voire de « l’hyper-modernité »…) même si une frange nombreuse issue de pays asiatiques, de pays européens ex-communistes et de pays sud-américains rejoint à pas de géant le niveau de vie des populations des pays occidentaux. L’existence de ce paradoxe demeure malgré l’émergence depuis 60 ans d’une « culture mondiale » dont les référents seraient les baskets, les sodas gazeux et les films d’Hollywood où les particularismes locaux ne se contentent plus de les assimiler mais les détournent désormais pour en faire souvent des moyens de combat contre un « impérialisme vécu » (mais pas toujours démontrable) de l’Occident et, en particulier, des Etats-Unis d’Amérique.

 

 

De fait, l’économie se mondialise de plus en plus et les pays d’Europe, pris chacun individuellement, compte de moins en moins dans le « concert des nations », remplacés par d’autres comme la Chine mais aussi l’Inde (en attendant sans doute le Brésil) qui deviennent rapidement de vraies puissances économiques et politiques à part entière, même si de nombreux experts estiment que la « bulle chinoise » pourrait crever incessamment sous peu et que le miracle indien n’est peut-être pas aussi fantastique. Reste que, de toute manière, les accidents de parcours ne remettront pas en cause le développement à long terme de ces pays. Avec des problèmes cruciaux qui dépassent les simples délocalisations (ainsi que la « fin du modèle social européen ») et qui peuvent se résumer par cette expression familière « il n’y en aura pas pour tout le monde ». En effet, un des défis auxquels la planète devra faire face dans peu de temps concerne la répartition des matières premières et donc de la richesse. Si la croissance chinoise et indienne demeure soutenue, les experts estiment que, dans les années à venir, la production pétrolière suffira tout juste à étancher la soif d’or noir des Etats-Unis, de la Chine et de l’Inde (sans parler de l’acier, du charbon, etc.). Quid des autres pays ?! Comment ferons-nous si, entre temps, nous n’avons pas trouvé des gisements importants et des moyens de les exploiter rapidement ? Comment ferons nous si nous n’avons pas inventé de vraies énergies de substitution, si nous n’avons pas développé celles qui existent déjà comme les biocarburants, comme la gaz liquéfié ? Comment ferons-nous si nous ne parvenons pas à fusionner les atomes d’hydrogène comme le laisse espérer le projet Iter (International thermonuclear experimental reactor) ? Comment ferons-nous si nous ne nous décidons pas à revoir certains de nos modes de consommation, si nous ne produisons pas des biens moins « gourmands » d’or noir comme la voiture hybride mi-essence mi- électricité qui existe déjà ? Serons-nous obligés, nous autres Européens, d’aller nous servir de force (ou de tenter de le faire) ? Tout comme les autres pays et continents ? Ce service par la force s’appelle la guerre. Il faut en être conscient pour ne pas se retrouver demain sans autre alternative…

 

 

Une guerre qui pourrait éclater pour de multiples autres motifs. Un des plus évidents est l’eau potable. Dans peu de temps, les Etats-Unis - comme de nombreux autres pays - vont manquer d’eau. Au lieu de s’en inquiéter outre mesure, les autorités politiques américaines lorgnent déjà sur les réserves quasi-inépuisables du voisin canadien en l’appelant à une « solidarité » qui ressemble beaucoup à une injonction... Celui-ci a déjà prévenu qu’il ne saurait être pillé de son or bleu sans réagir. Mais que vaut la puissance armée du Canada devant celle des Etats-Unis dans une question aussi essentielle qu’est l’approvisionnement en eau potable. Sans eau, pas de vie… Espérons que nous serons capables de nous entendre et que de nouvelles avancées technologiques nous permettront de désaliniser l’eau de mer et de dépolluer l’eau des lacs et des rivières ainsi que des nappes phréatiques à des coûts acceptables (car toutes ces techniques existent déjà). Sur une planète où la surface est constituée à 70 % d’eau (dont malheureusement près de 98 % est de l’eau de mer), il serait absurde de mourir de soif. Et, pourtant, c’est une réalité quotidienne dans de nombreux pays pauvres…

 

 

Une guerre n’est pas inévitable, heureusement. Le génie créateur des êtres humains et un certain instinct de préservation peut l’éviter. Pour cela, il nous faut créer des interdépendances internationales et des relations de plus en plus étroites entre tous les peuples du monde. Pour cela, nous possédons un modèle : l’Union européenne. Car, quels que soient ses manquements, l’Europe unie a su démontrer, ad minima, que l’on pouvait s’entendre entre anciens ennemis afin de bâtir un avenir commun dans la paix et la coopération. Et c’est déjà énorme. Si les Etats-Unis veulent l’eau du Canada, pourquoi ne pas partager ce qu’ils ont et que le Canada n’a pas ? De même, pour le pétrole, entre l’Union européenne et la Russie. On peut décider en commun une répartition en même temps que des programmes ambitieux de substitution avec, concomitamment, des plans de réduction de la consommation au niveau mondial.

 

 

De toute façon, il faudra bien s’entendre pour éviter une catastrophe environnementale qui menace la planète tout entière. Et le plus tôt sera le mieux. Même si le pire n’est pas toujours sûr, nous devons prendre des mesures au niveau mondial afin de remettre en état l’écosystème mondial. Un écosystème peut-être pas aussi malade que veulent le faire croire des oiseaux de mauvais augure toujours prêts à jouer au catastrophisme mais, tout de même, bien mal en point. Il ne faudrait surtout pas s’en remettre au destin salvateur et en la croyance de la toute puissance de la race humaine pour relativiser la situation. L’histoire nous enseigne que des civilisations évoluées et brillantes ont disparu faute d’avoir réussi à gérer leurs ressources naturelles déclinantes et à prendre les bonnes décisions au bon moment. Un problème qui ne se règlera qu’avec l’accord et la participation de tous les peuples.

 

 

On voit bien que tout devient interdépendant au niveau mondial. Dès lors, il faut vite accélérer la mondialisation en lui donnant ce caractère politique qu’elle n’a pas assez aujourd’hui. D’autant que d’autres menaces planent sur nos têtes comme des épidémies mondiales ou des dérives totalitaires dangereuses pour une paix toujours fragile.

 

 

Le principal défi du XXI° siècle sera bien cette mondialisation politique et économique. Et cette mondialisation, il faut l’affirmer haut et fort, est une chance unique pour l’humanité tout entière afin de la sauver et de la projeter dans un monde de paix et de bien-être. Un monde où l’on pourra traiter la pauvreté mais aussi le chômage, la violence, les questions concernant la protection sociale et tous les problèmes qui assaillent chacun des pays de la planète. Vaste programme si l’on veut bien se rappeler que les humains ont consacré plus de jours à la guerre qu’à la paix dans leur histoire et que la majeure partie de ces humains vit encore dans des conditions extrêmement précaires avec une pauvreté qui, loin de s’éradiquer, croît même dans les pays développés où le pourcentage de ceux qui glissent dans l’extrême précarité augmente chaque année.

 

 

Une mondialisation, d’autre part, qui ne doit et ne peut pas faire peur aux Français qui en bénéficient tous les jours même si les médias et les contempteurs d’une ouverture sur le monde tentent d’en démontrer les effets dévastateurs. La France est un des pays occidentaux les plus ouverts et les plus préparés à la compétition mondiale. Bien sûr, notre pays ne peut en rester à ce constat et un formidable défi l’attend dans les années à venir. Pour paraphraser Winston Churchill, du sang, de la sueur et des larmes seront au rendez-vous. Mais depuis quand les êtres humains n’ont plus à se battre pour assurer leur avenir et celui de leurs enfants ? Depuis quand les situations acquises le demeurent pour l’éternité sans éveiller l’envie chez ceux qui sont en bas de l’échelle ? Depuis quand, notre planète est devenu le Paradis ? Il faut de la lucidité et du courage chez les politiques pour expliquer que tout se gagne, que tout s’est toujours gagné et que rien ne se garde sans effort.

 

 

L’obligation d’innovation

 

Le quotidien Herald Tribune posait, début 2005, cette question simple : « Qu’est-ce qui sera encore « Made in Europe » quand les enfants d’aujourd’hui auront grandi ? ». Question simple mais essentielle qui va conditionner notre avenir face, par exemple, au différentiel de coût de fabrication entre l’Europe et la Chine et l’Inde mais aussi parce que ces deux pays sont en train de former des élites qui n’auront rien à envier aux nôtres en matière de puissance créatrice si nous n’évoluons pas à leur rythme. La réponse, tout aussi simple et essentielle, est que cela dépendra de notre capacité à demeurer dans le peloton de tête en matière technologique, c’est-à-dire de notre capacité à créer et à innover. Car, quelle que soit la politique choisie en France et en Europe, celle-ci devra s’appuyer obligatoirement sur la nécessaire et incontournable innovation.

 

 

L’innovation représente à la fois un risque et l’indispensable ingrédient, non seulement, de la croissance économique mais aussi du progrès social ainsi que du développement d’une démocratie. En passant d’une économie de pénurie à une économie de croissance, en bâtissant une protection sociale de plus en plus sophistiquée, en réalisant une démocratie de plus en plus approfondie (toute société totalitaire voit d’un mauvais œil l’innovation, la création et la réforme), les pays développés se sont mis dans l’obligation d’innovation. Et la « globalisation » impose, dans un monde ouvert, interdépendant mais également en concurrence, cette incontournable innovation afin d’être en mesure de faire la course en tête, c’est-à-dire de pérenniser les acquis économiques, sociaux et politiques ainsi que de les dynamiser. Si ce n’est pas le cas, il faudra faire de douloureux ajustements…

 

 

Cette innovation demande, en matière économique, par exemple, la mise en place de centre de recherches, des incitations fiscales et des moyens pour la Recherche & Développement afin de développer de nouvelles technologies et les appliquer, une stratégie de rapprochement entre l’industrie et l’université, la création de pôles d’innovation ou « clusters » où se retrouvent les chercheurs, les universitaires et les start-up développant les technologies d’avenir. D’autant que, selon Christian Blanc (auteur d’un rapport intitulé « Pour un écosystème de la croissance ») l’alternative est simple : « Pour retrouver un avantage comparatif, notre économie a le choix : s’aligner sur le modèle asiatique ou faire le course en tête dans l’innovation ». Et il ajoute : « Plus que les handicaps fréquemment invoqués sur le poids de la fiscalité ou les coûts de production, la perception d’une France trop peu compétitive repose avant tout sur son faible positionnement dans le domaine de l’innovation ».

 

 

Une innovation que beaucoup de politiques semblent découvrir alors que l’économiste Joseph Schumpeter (1883-1950) avait déjà expliqué, il y a longtemps, la nécessaire revitalisation d’une économie de croissance par le processus de « destruction créatrice » qui veut que des activités anciennes disparaissent constamment pour laisser la place à de nouvelles. Et, il y a plus de trente ans, Jean-Jacques Servan-Schreiber écrivait déjà : « L’essor d’une économie moderne résulte essentiellement de son aptitude à créer l’innovation – à inventer sans cesse, par la recherche, des procédés moins coûteux, des produits plus adaptés, des réponses plus raffinées à des besoins diversifiés – puis à l’intégrer au processus de production ».

 

 

Cependant, décréter l’innovation n’a de sens que si l’on met en place les outils nécessaires à sa réalisation. Et ceux-ci doivent concerner tous les secteurs de la vie économique, sociale et politique.

 

 

Pour une politique de Juste Equilibre

 

Quelle politique pourra faire face au plus grand défi jamais posé à l’humanité en tant que communauté depuis qu’elle a réussi à maîtriser partiellement son environnement ? Une politique basée sur le respect, la tolérance, la solidarité et la liberté, des valeurs essentielles pour l’être humain qui, depuis une cinquantaine d’années, est en perte de repères facilement identifiables. Une politique centriste, une politique du Juste équilibre. Une politique que doit adopter la France pour se sortir de ses problèmes structurels et ne plus grever son avenir. Une politique que doit adopter l’Europe pour offrir un futur réellement attrayant aux peuples qui la composent. Une politique que doit adopter la communauté mondiale pour assurer son existence dans la paix et dans l’espérance d’un développement du bien-être partagé. Une politique qui nécessite une certaine révolution culturelle dans les pratiques politiques mais qui est la seule à pouvoir nous permettre d’envisager l’avenir avec confiance.

 

 

Penser le Centrisme et le Centre, c’est aller au-delà du positionnement central et d’un milieu entouré d’extrêmes qui renvoie à des « modérés » assez flous dans leurs idées politiques et au portrait assez fuyant. Car, le Centre n’est pas milieu mais équilibre. Un Juste équilibre, c’est ce qui définit sa politique, c’est-à-dire cette recherche constante de cette ligne où tel un fil-de-fériste, le Centrisme tangue avant d’avancer en ayant trouvé la bonne balance.

 

 

Cette vision dynamique et au-delà d’un simple partage des extrêmes - puisque définissant positivement un courant de pensée - ne fait pourtant pas fi de l’histoire politique, ni des hommes qui se sont positionnés au Centre. Ainsi, cette volonté constante de ne pas tomber dans la démagogie d’une idéologie promettant tout et n’importe quoi, cette vision d’une société apaisée où tout le monde trouverait sa place, cette revendication de la liberté comme fondement essentiel de la personne humaine mais aussi le rappel de la solidarité nécessaire dans une société qui unit les êtres humains sont des héritages que le Centre du Juste équilibre revendique, les succès comme les échecs qui ont jalonné depuis plus de deux cent vingt ans le parcours du centre politique.

 

 

 

Alexandre Vatimbella

 

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Vendredi 9 juin 2006

L’art du politique, c’est de concilier le désirable avec le possible.

 

(Aristide Briand)

 

 

 

Dans sa fable intitulée « Les quatre réformateurs », l’auteur de « L’Ile au Trésor » et de « Doctor Jekyll and Mister Hyde, Robert Louis Stevenson, conclut que pour réformer réellement le monde, il faudrait supprimer… l’humanité ! On le voit, le débat sur la difficulté de la réforme en politique ne date pas d’aujourd’hui et, au risque de détruire des images d’Epinal sur la « permanence » supposée des temps anciens et l’immobilisme de leurs dirigeants, la volonté de réformer a toujours existé. Rappelons, par exemple, que Richelieu se heurta à de multiples oppositions lorsqu’il voulut dépoussiérer l’Etat français en profondeur ce qui laissa inachevée sa volonté d’édifier une machine administrative moderne.

 

 

Au vu de l’impossibilité de cette action radicale prônée par l’écrivain écossais qui, il faut en convenir, éviterait bien des blocages, nous devons nous questionner sur ce qu’est la réforme, sur sa nature, sur sa nécessité sociale, sur sa réalité. Mais nous devons aussi nous interroger sur le fondement même de la légitimité de la réforme. Plus important, la réforme n’est pas la solution miracle. Ainsi, réformer n’est pas un bien en soi et conserver n’est pas une tare rédhibitoire.

 

 

Ce constat banal et de bon sens implique que nous répondions à cette question : que faut-il réformer et que faut-il conserver ? Qu’est-ce qui doit être changement et qu’est-ce qui doit être permanence ? Le manque de réflexion globale des politiques à ce sujet amène actuellement à des situations explosives. Et pour tenter de les désamorcer, fleurit, de tous côtés, une démagogie qui s’apparente à une lâcheté qui, tôt ou tard, mène à des impasses.

 

 

Tout cela parce qu’il ne faudrait pas effaroucher les Français qui seraient, soi-disant, viscéralement contre la réforme et génétiquement incapables de regarder en face et lucidement la situation de leur pays. On ne peut nier, c’est vrai, que les Français sont souvent dans le déni du réel en adoptant des comportements que l’on peut qualifier parfois d’aberrants. Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002 (et il faut l’espérer, pas à celle de 2007 !), le non à la constitution européenne, la mobilisation contre le CPE sont autant de manifestations d’une résistance au changement et du refus du monde qui nous entoure.

 

 

Cependant, dans une sorte de schizophrénie collective, un récent sondage montre que les Français sont très majoritairement conscients qu’il faut réformer. 93 % estiment même que les réformes sont urgentes ! Mais dans quel sens voient-ils ces réformes ? Tout est là. Reconnaître qu’il faut plus de flexibilité dans le monde du travail est courageux et responsable. Demander que toutes les protections sociales soient conservées voire augmentées laisse plus dubitatif.

 

 

Quoiqu’il en soit, cet apparent paradoxe mérite d’être pris en compte car, dans notre démocratie moderne, il ne suffit plus que le gouvernement gouverne et le parlement vote la loi, il faut aussi tenir compte de l’opinion publique et, surtout, de son évolution quasiment au jour le jour qui peut être déroutante. Est-ce un bien ou un mal ? Tout dépend de la réelle profondeur de ces mouvements d’opinion et de l’état d’information des citoyens lorsqu’ils s’expriment sur tel ou tel sujet.

 

 

Cette mise sous tutelle, voire cette neutralisation, de la décision politique par l’opinion publique peut être dangereuse puisqu’elle est susceptible d’engager, à la fois, le présent du pays et son avenir. Elle l’est d’autant plus que l’opinion publique peut s’exprimer sans aucune retenue puisque, comme nous ne sommes pas dans un système de démocratie directe, elle est par définition irresponsable, son pouvoir n’étant pas institutionnalisé. Sa responsabilité éventuelle ne sera engagée que devant l’Histoire. Autant dire qu’il sera trop tard pour éviter ses possibles conséquences négatives…

 

 

Les citoyens sont aujourd’hui attachés à un confort où les clivages droite-gauche ne jouent pas pour les séparer sur ce terrain. Peu de gens veulent en effet moins de protection sociale, moins de sécurité, moins de guichets à la poste, etc. Nous sommes dans une société où la demande de sécurité et d’assistanat est d’autant plus importante que l’offre est plus importante qu’auparavant grâce au formidable enrichissement de nos sociétés.

 

 

Revenir en arrière ou tout simplement figer les choses semblent impossible. D’autant que les gens n’ont plus confiance en l’avenir. Si demain n’est pas meilleur qu’aujourd’hui, pourquoi prendre des risques ? Il s’agit donc, pour réformer, de proposer une alternative et une vraie espérance. Mais, devant tant d’espoirs déçus, il est sûr que les citoyens ne sont pas prêts à se lancer dans le vide sans que les résultats précèdent leur changement de vision et l’évolution de leur position. C’est donc à une certaine quadrature du cercle que nous sommes confrontés…

 

 

L’absolue nécessité de la reconnaissance du réel

 

Mais revenons au réel. Pour pouvoir agir efficacement, le politique doit reconnaître son existence. Une de ses missions est de partager ce savoir sur le réel avec la population. Ce partage est une part importante de sa responsabilité politique. Il doit aussi savoir et faire savoir ce qui est modifiable de ce qui ne l’est pas.

 

 

Ce réel se confronte d’abord aux demandes des citoyens. Celles-ci sont évidemment paradoxales et contradictoires. Chaque électeur demande plus pour lui et moins pour les autres avec des exigences inconciliables (plus de services publics et moins d’impôts, par exemple).

 

 

Ce réel se confronte ensuite aux promesses des politiques, promesses faites en réponses à ces demandes. Promesses qui peuvent être sincères mais qui ont aussi pour but de fidéliser une clientèle en la flattant et ce, au-delà de toute innovation et, plus grave, de toute responsabilité. Cette façon d’agir se retrouve aussi dans les médias. Alors que les politiques devraient former les citoyens et les journalistes les informer, on se retrouve devant une configuration avant tout « clientéliste » : les politiques parlent à des électeurs, les journalistes à des lecteurs. Le lien n’est pas civique mais commercial. Dès lors, « vendre sa soupe » est plus important que d’éveiller une conscience politique.

 

 

Ce réel se confronte aussi aux possibilités des politiques, à leur capacités et leurs marges de manœuvres pour agir sur ce réel et le modifier par rapport à la demande de leurs électeurs.

 

 

Enfin, ce réel se confronte à la transcendance. Car la politique doit également insuffler un idéal et donner de l’espoir (à ne pas confondre avec la démagogie !). Cette dimension – ajoutée aux mythes et aux rituels nécessaires à la cohésion sociale – vient souvent (mais pas toujours) en contradiction avec le réel. Nous avons besoin de mythes fondateurs, de rêves d’espérance. Nous avons besoin de transcendance. C’est ce qui nous fait agir, nous, les êtres humains.

 

 

C’est pourquoi il est urgent, entre le principe de réalité, les demandes des électeurs et les promesses des politiques, de trouver un dénominateur commun pour que les promesses s’inspirent du principe de réalité ainsi que les demandes – souvent contradictoires – des électeurs.

 

 

Pour un «  idéal pragmatique », moteur de l’action

 

Ce dénominateur commun, que l’on pourrait appeler un « idéal pragmatique », doit être élaboré démocratiquement. Il doit prendre en compte le réel en essayant de remédier aux dysfonctionnements de la société par des améliorations et, quand c’est possible, par des réformes. De même, il doit s’attacher à préserver du mieux possible ce qui fait consensus avec le soucis constant de demeurer dans la réalité. Pour appliquer les mesures qui en résulteront avec le moins de démagogie possible, il faut des politiques courageux et responsables. Alors, et seulement alors, le cercle pourra redevenir un cercle vertueux !

 

 

En résumé, pour savoir ce que nous pouvons réellement réformer, ce que nous devons changer et ce que nous devons garder, nous devons constamment en revenir au réel. Néanmoins, toute politique cohérente et réaliste, mêlant le plus efficacement possible conservatisme et réformisme, doit prendre en compte l’aspiration humaine à la transcendance, aspiration qui permet de réunir les énergies et d’avancer. Il faut donc poser toutes les questions sur la place publique avant de dégager un consensus.

 

 

Cependant, tant que les politiques ne s’appuieront pas sur le réel et n’en feront pas un élément central de leur action politique, il ne peut y avoir de politique efficace. Cela ne signifie pas qu’il faille complètement évacuer la part de rêve de la politique. Mais ce rêve ne peut remplacer la réalité au risque de provoquer de graves crises à périodes répétées.

 

 

In fine, au-delà du constat de ce monde, au-delà de la pensée politique, il y a l’action. Car, quel que soit le constat, quel que soit l’idéal, ceux-ci doivent se matérialiser dans l’action qui tendra vers l’idéal contre le constat – mais pas sans l’avoir fait - parce que la politique, c’est se confronter au réel afin de l’améliorer par rapport à son idéal. Et ce, quel que soit le résultat de l’action.

 

 

Cette action politique doit permette de bien gouverner. Et bien gouverner, c’est avoir des valeurs et prendre en compte la réalité pour agir avec les unes sur l’autre.

 

 

L’action politique véritablement efficace est un mélange étudié de réformes et de conservation dans le cadre d’une analyse du réel et de sa prise en compte. Parce que le monde est permanence, parce que le monde est changement, parce que le monde est tel qu’il est. Cette vision de l’action politique peut sembler manquer de panache mais elle est la plus courageuse. Point de rhétorique mensongère, point de promesses intenables, point de populisme enflammant. Non, juste une volonté de bien gouverner pour le bien de tous. Y a-t-il un politique prêt à relever ce défi du courage et de la volonté ?

 

 

La réalité ne s’enferme pas, en effet, dans les promesses. Dès lors, il faut s’interroger sur les programmes politiques électoraux. Promettre des choses intenables peut éveiller une dynamique. Cependant, celle-ci retombe très vite et alimente le ressentiment des citoyens et leurs visions du « tous menteurs » et « tous pourris ». Ne vaut-il pas mieux définir une ligne de conduite s’appuyant sur des valeurs fortes et une morale politique, ligne de conduite qui peut alors se confronter à la réalité et à ses fluctuations sans manquer à sa parole ? Une ligne de conduite qui pourrait prendre comme formule celle, fameuse, du président américain Andrew Jackson, « Droits égaux pour tous, privilèges pour personne ».

 

 

Nous serions alors dans la revalorisation du politique et dans l’action politique courageuse. Car, comme l’écrit le philosophe Clément Rosset, « Il est beaucoup plus difficile – et surtout plus courageux – d’améliorer le monde que de le jeter, tout entier, aux cabinets ». Et ne serait-ce pas une bonne manière de réconcilier les Français avec le politique ?!

 

 

 

 

Alexandre Vatimbella

 

par Alexandre Vatimbella publié dans : lafrancereconciliee
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Mardi 30 mai 2006

L’immobilisme a toujours été, pour les sociétés, un danger de stagnation voire, souvent, de régression, surtout dans le monde tel qu’il s’est constitué depuis le XIX° siècle. A l’inverse, l’action est une vertu essentielle permettant à une société de devenir plus humaniste, plus développée et plus juste. Une action qui doit s’accompagner tout à la fois de la nécessaire prévention du risque mais aussi de l’indispensable promotion de la prise de risque.

 

 

Or, c’est tout le contraire qui se passe aujourd’hui en France ! La reconnaissance juridique du principe de précaution et le refus de la prise de risque par les citoyens et leurs élus, rendant impossible toute réforme, montrent, s’il en était encore besoin, comment notre société devient frileuse, apeurée devant un futur qu’elle semble incapable de maîtriser, pire de conceptualiser. Dès lors, elle dresse des barrières aussi futiles et inutiles que dangereuses pour son avenir sans pour autant agir efficacement contre certains risques. Ainsi, avec ce fameux principe de précaution, nous pourrions assister, dans les années à venir, à la multiplication d’actions juridiques dont les conséquences seront de paralyser l’action et la positive prise de risque. Ce risque qui est, par ailleurs, un constituant incontournable de notre existence individuelle et collective.

 

 

Ce n’est pas d’un principe de précaution castrateur dans un monde où le risque est inhérent à la vie que nous avons besoin mais d’un principe de prévention. Car précaution n’est point prévention. Prévenir, c’est être capable d’identifier puis de traiter le mal à temps pour l’éliminer tout en garantissant la vitalité d’une société. En revanche, le principe de précaution est un principe contre la vie. Il interdit, a priori et sans aucun motif prégnant, toute prise de risque et même toute activité qui pourrait comporter potentiellement ou éventuellement un risque. Les philosophes, les scientifiques et les chefs d’entreprise qui sont au cœur de la réflexion sur la prise de risque et sur son application ne s’y sont pas trompés en condamnant sa mise en place.

 

 

La prévention a, en plus, d’autres atouts. Elle est ainsi beaucoup plus efficace et beaucoup plus économique que l’interdiction, la répression, la punition et la réparation. Nous devons totalement repenser nos sociétés sur la base de la prévention qui doit être le fil rouge de leur développement. Il ne faut plus se contenter de punir puis de réparer des dégâts qui, par ailleurs, sont la plus souvent impossibles à réellement réparer, il faut faire en sorte qu’ils ne se produisent pas.

 

 

Il n’y a pas de vie sans risques, disions-nous. Le risque fait donc partie intégrante de notre vie. C’est d’ailleurs ce que nous disent les philosophes, les physiciens et les biologistes quand ils affirment que nous devons apprendre à vivre avec le risque et à le gérer. Les sociologues nous disent même que nous sommes entrés dans une société du risque depuis que l’être humain est devenu capable de détruire l’humanité tout entière grâce à l’atome. Or donc, le risque fait partie de notre quotidien.

 

 

Dans le même temps, de nombreux hommes politiques et observateurs attentifs de la société nous affirment que nous ne sommes plus capables, nous, les Français (et les Européens), de prendre des risques. En fait, nous ne désirons plus en prendre et nous demandons une société de sécurité totale que ce soit au plan économique, social et physique tout en demandant à être plus autonomes... Ce qui est évidemment impossible.

 

 

Mais tout ceci n’est-il pas un méli-mélo où l’on mélange tout et n’importe quoi ? Lorsque l’on parle de risque, il est essentiel de faire des distinguos pour clarifier ce fatras d’idées reçues. La première et la plus fondamentale des distinctions est à faire entre le risque pris et le risque subi.

 

 

Il y a, dans la société, deux sortes de risques : les risques subis et les risques pris. Il n’est pas question d’agir sur les seconds (sauf lorsqu’ils mettent en danger des personnes extérieures qui subissent alors le risque) mais sur les premiers. D’ailleurs, la recherche constante des êtres humains et des sociétés a été de réduire ce risque subi, de le confiner voire de le faire disparaître.

 

 

Prendre un risque n’a rien à voir dans le processus de décision avec se prémunir d’un risque subi. Un alpiniste qui gravit une montagne pour son plaisir prend consciemment le risque d’être emporté par une avalanche. Les enfants qui vont à l’école du village dans la vallée subiront cette avalanche. Dans le premier cas, c’est de responsabilité et de liberté individuelle dont on parle. Dans le second cas, on parle de responsabilité collective et de sécurité individuelle et collective. La distinction est énorme.

 

 

Dans les risque subis, il faut une nouvelle distinction entre ceux qui sont inhérents à la vie, inévitables à plus ou moins long terme (comme la mort), qui sont généralement des risques « naturels » mais qui sont néanmoins reportables dans le temps et ceux que nous pouvons prévenir (comme un accident de la route), qui sont généralement des risques « sociétaux », des risques créés par la société, mais qui sont contrôlables et dont on peut tenter de les éradiquer (même s’il faut distinguer aussi avec les risques nés du fait même de la constitution d’une société qui, eux, sont inévitables sauf à vouloir la détruire). Nous devons vivre avec les premiers même en s’en protégeant et nous devons travailler à éliminer plus ou moins totalement les seconds.

 

 

C’est cette dernière catégorie qui doit être l’objet de toute l’attention du politique lorsqu’il met en place des politiques de sécurité et de protection. Mais le politique doit aussi garantir le risque pris et même le promouvoir. Bien entendu, le risque pris ne doit pas être un risque subi pour d’autres car alors il entre en conflit avec la liberté et la sécurité de l’autre. Prévenir le risque de guerre est un but humaniste. Promouvoir le risque d’entreprendre l’est également puisque entreprendre est une action d’émancipation indispensable à la vie et au progrès humaniste. Risquer sa vie ou une partie de sa vie doit avoir un sens émancipateur et non être une fatalité voire une imposition.

 

 

Dans le domaine du risque pris, il faut distinguer le risque à vocation sociale et celui à vocation individuelle. Bien entendu, dans le risque à vocation sociale (créer une entreprise commerciale, par exemple), la dimension individuelle est présente. Mais, il ne peut être totalement assimilé au risque que l’on prend, par exemple, lorsque l’on fait du parapente pour son plaisir.

 

 

En outre, dans tous ces types de risque, la prévention ne peut pas agir de même et, dans certains cas, ne doit pas agir. On peut, évidemment, informer sur les risques encourus mais il serait vain et même contre-productif de prévenir certains risques sauf à créer une société sclérosée même si l’on doit aussi réfléchir sur qui doit prendre le risque social et en supporter les éventuelles conséquences (par exemple, lors de la faillite d’une entreprise).

 

 

Le principe de prévention ne peut que concerner les risques subis. Et encore, il ne doit pas intervenir de manière systématique dans la mécanique d’un risque pris qui peut parfois être assimilé à tort à un risque subi. Ainsi, toute opération chirurgicale comporte un risque. Celui-ci est pris par le patient. Si une erreur est commise, le patient prétend qu’il a été la victime d’un risque subi. Mais cela ne peut et ne doit être vrai que s’il y a eu une faute réelle ou un désir de nuire. Le seul fait du danger de l’opération ne peut être retenue à la fois pour ne pas prendre le risque ou pour condamner ceux qui ont agi afin d’opérer et donc de rendre sa santé au patient.

 

 

Quoiqu’il en soit, il est important de promouvoir le risque pris, notamment en matière économique, et bâtir une protection efficace contre le risque subi évitable. Il ne faudrait pas oublier que la conquête d’une plus grande liberté et d’une plus grande autonomie de l’individu s’accompagnent d’une plus grande incertitude face à son existence et donc à une augmentation de certains risques ou à la perception du risque. S’il n’est plus obligé d’entrer dans un moule, il n’a plus, en conséquence à en suivre le cadre et il se retrouve souvent dans une angoisse existentielle qui s’apparente à un risque subi. Nous sommes dans une société où l’individu a gagné en liberté ce qu’il a perdu en certitudes. L’idée n’est pas de revenir en arrière, ce que même les citoyens ne souhaitent pas, mais d’accompagner cette nouvelle réalité de l’individu par l’invention d’un lien social rénové et par une formation adéquate de l’individu qui lui permette d’affronter le monde et de prendre les bonnes décisions pour lui-même, sa famille et son entourage en minimisant au maximum les risques subis mais en maximisant la prise de risque.

 

 

Réconcilier la France avec elle-même, réconcilier les Français avec l’effort, l’envie d’entreprendre et la réalité des choses passent par un discours honnête, une concertation continue de la population et de ses médiateurs, une volonté de promouvoir l’initiative individuelle dans ce qu’elle a de meilleur pour l’individu tout en s’attachant à offrir le maximum de sécurité et protection possible en rapport de la situation sociale et économique du moment. Car si le risque est inhérent à la vie, si la prise de risque est fondamentale, n’oublions pas pour autant que la fonction première de la collectivité est d’assurer la protection de ses membres. C’est même la raison principale pour laquelle les êtres humains ont fondé les premières communautés.

 

 

 

Alexandre Vatimbella

 

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