La situation actuelle de la France vient d’une crise qui frappe notre pays depuis la fin des années 1970, voire depuis la révolution industrielle. Car cette crise n’est pas uniquement sociale et économique, elle est surtout sociétale. Les Françaises et les Français, inquiets, se sont recroquevillés sur eux-mêmes tout en rejetant une vision dynamique de la France et de l’Europe dans le monde, vision qui bouscule par trop une imagerie traditionnelle et sécurisante de notre pays qui pourtant ne correspond plus du tout à la réalité du XXI° siècle. Ce rejet est d’autant plus fort qu’il s’accompagne, selon une majorité des citoyens, structurellement, d’une crise économique, d’une régression sociale, d’un reflux identitaire et d’une disparition de la « grandeur universaliste » française. foi dans un avenir meilleur.

 

C'est pour cela, j’ai décidé de créer un blog baptisé «  La France Réconciliée  » qui veut  contribuer au débat pour un renouvellement de la démocratie dans le cadre d’une société libérale et sociale qui place l’humain au centre de sa vision.


Alexandre Vatimbella

Lundi 22 mai 2006

L’objectif affiché de «  La France Réconciliée  » est, depuis sa naissance, de contribuer à bâtir, avec pragmatisme et dans la prise en compte lucide et courageuse de la réalité, une voie novatrice et dynamique afin de réconcilier la France avec elle-même, avec l’Europe et avec le monde. La publication de la première vague du nouveau baromètre politique du Cevipof (Centre d’études politiques de Sciences Po) qui va donner à intervalles réguliers l’état de l’opinion (quatre fois, notamment d’ici à l’élection présidentielle de 2007), nous force à reconnaître que l’on est bien loin du compte… Aujourd’hui la réconciliation est en panne. Et c’est même un euphémisme !

 

 

 

 

Le constat de ce baromètre qui traque en profondeur la vision des Français sur leur environnement politique, social et économique est rude : les Français ne croient plus à grand-chose. Ils ne croient plus aux politiques, ils ne croient plus au progrès, ils ne croient plus en l’Europe pour bâtir l’avenir, ils ne croient plus au rayonnement politique, économique et culturel de leur pays.

 

 

 

 

En outre, la méfiance vis-à-vis des grands courants politiques s’accentue. 37 % des Français, qui semblent manier l’humour jusqu’à l’absurde avec un certain talent, prétendent qu’ils ne sont ni de droite, ni de gauche, ni du centre ! Pire, 69 % d’entre eux n’ont confiance ni en la droite, ni en la gauche, ni au centre pour gouverner le pays. En clair, ils pensent que la droite, la gauche et le centre ne sont absolument pas capables de comprendre leurs attentes et de résoudre les problèmes du pays. Ces attentes et ces problèmes prioritaires sont, actuellement, pour eux, actuellement l’emploi (loin devant), les inégalités et la hausse des prix.

 

 

 

 

Cerise sur le gâteau, 56 % d’entre eux déclarent s’intéresser peu ou pas du tout à la politique. C’est bien la mort – provisoire ? - de la politique qui semble annoncée dans ce baromètre. Il faut dire que le patient était bien malade depuis quelques années. Rappelons, tout de même, que la politique, ce ne sont pas les petites phrases et les comportements plus ou moins moraux d’une élite dirigeante comme le croient une majorité de nos concitoyens mais tout ce qui concerne l’organisation de la cité. Reste que la méconnaissance de ce qu’est réellement la politique n’a pas de quoi nous rassurer, non plus…

 

 

 

 

Dans ce climat ambiant déliquescent, il n’est donc guère étonnant d’apprendre que 52 % des Français estiment que le France est en déclin (contre 8 % qu’elle est en progrès et 40 % qu’elle n’est ni l’un, ni l’autre). Pas étonnant, non plus, de découvrir que 46 % d’entre eux estiment que la mondialisation est un danger pour la France , ses entreprises et son fameux et introuvable « modèle social » (contre 24 % qui sont pensent que c’est une chance). De même, personne ne sera surpris d’apprendre que 42 % d’entre eux estiment que la mondialisation des échanges économiques fait souffrir la France contre 25 % qui pensent le contraire.

 

 

 

 

Beaucoup plus grave, encore, l’idée de construction européenne semble toucher le fond plus d’un an après le « non » au référendum sur le Traité Constitutionnel. Ainsi, 41 % des Français estiment que la construction européenne fait souffrir la France contre 27 % qui pensent le contraire. Serait-on, comme certains le prétendent ou l’espèrent, proche de prononcer l’oraison funèbre de la Communauté européenne ?...

 

 

 

 

Bien sûr, les Français ne sont pas les seuls à broyer du noir et à ne plus faire confiance aux politiques pour résoudre leurs problèmes quotidiens. En Allemagne, en Italie, en Grande Bretagne, en Espagne, aux Etats-Unis, l’opinion publique partage, à des intensités diverses, la même vision pessimiste. Cependant, comme le montrent des enquêtes du Pew Research américain et de l’Eurobaromètre de la Commission Européenne , les Français sont aujourd’hui les plus pessimistes et négatifs de tous les Occidentaux. L’affaire Clearstream – où nécessairement ils existent des hommes politiques qui ont menti - qui n’était pas encore sortie à l’époque de la première vague de ce baromètre a sans doute du aggraver ces sentiments…

 

 

 

 

Pour relativiser ces résultats quelque peu, n’oublions pas qu’ils ne sont qu’une photographie à un moment donné de l’opinion. Il suffira de peu de chose pour que l’opinion des Français évolue positivement. Mais il suffira d’aussi peu de choses pour qu’elle soit encore plus noire… Rappelons-nous qu’en 2001, à quelques mois des élections présidentielles de 2002, le thème de la sécurité ne comptait pratiquement pas dans la campagne alors qu’il fut le principal motif de vote de la majorité des électeurs et de la poussée du Front National.

 

 

 

 

De même, la méfiance du politique et le pessimisme ne datent pas d’aujourd’hui et se retrouvent tout au long de notre histoire. Néanmoins, si l’on peut fustiger cette morosité en rappelant aux Français qu’ils sont encore la cinquième puissance économique mondiale, que leur niveau de vie et leur espérance de vie sont parmi les plus élevés du monde et que vivre en France n’est quand même pas un cauchemar, il serait irresponsable de ne pas prendre en compte cette vision collective qui reflète des doutes et des inquiétudes profondes.

 

 

 

 

Les Français estiment ainsi que leur destin ne leur appartient plus. Ils sont d’ailleurs comme la plupart des peuples européens, surtout ceux des anciennes grandes puissances du continent, qui voient leur emprise sur les événements lentement s’effilocher. Voilà une réalité à laquelle ils ont du mal à se faire et on les comprend. Les Etats-Unis (avec feue l’Union Soviétique) avaient déjà entamé notre capacité à choisir seuls notre destinée. La chute de l’empire soviétique et la lente mais sûre construction européenne nous avait rendu un peu d’optimisme. Las ! Le retour supersonique de la Chine aux affaires et l’émergence rapide de l’Inde et du Brésil qui vont suivre, associées avec une panne d’Europe et la bataille autour des matières premières dont le pétrole l’ont rapidement douché. Et ces événements ne peuvent que conforter la conviction de nos compatriotes que leur destinée ne sera pas avant longtemps de nouveau entre leurs mains, et peut-être jamais plus, en tout cas de leur vivant !

 

 

 

 

Il faut dire que les Français ont légitimement de quoi se poser quelques questions sur la manière dont on leur prépare leur avenir. Prenons l’Europe que nous défendons ici depuis toujours. La méfiance et même la défiance sur sa construction (dont le « non » du 29 mai 2005 a été révélateur) ne sont peut-être pas aussi irrationnelles ou inconséquentes qu’on a bien voulu l’affirmer ici ou là. L’entrée des dix nouveaux pays venus principalement de l’Est a, manifestement, créé un choc. Il ne s’agit pas tant de xénophobie ou de repli sur soi mais d’une peur d’un marché de dupe. Alors que tous les défenseurs de l’Europe affirmaient qu’il s’agissait d’une chance, les Européens et les Français, en autres, ont plutôt eu le sentiment que l’on faisait entrer le loup dans la bergerie au niveau économique et social, secteurs déjà sinistrés, avec une concurrence qui leur semblait bien déloyale. D’autant que ces nouveaux entrants clament souvent haut et fort leur nationalisme exacerbé, ne veulent pas accepter certaines règles trop contraignantes et souhait ardemment garder leur indépendance acquise récemment. Tout ce qui est contraire avec la construction européenne, en quelque sorte ! N’est-il pas contradictoire, par exemple, de voir le Monténégro quitter une union, bien peu oppressante, avec la Serbie pour devenir un Etat indépendant qui, en même temps, frappe à la porte de l’Union européenne qui est un lieu théorique d’abandon de certaines prérogatives de souveraineté ?!

 

 

 

 

Au-delà de la véracité de ces sentiments que l’on ne peut honnêtement pas rejeter a priori, rappelons-nous que l’entrée de ces dix pays s’est faite pour des raisons très peu expliquées par les politiques qui craignaient sans doute une incompréhension plus grande, voire un vrai rejet du traité constitutionnel. Une de ces raisons, la principale peut-être, était la peur d’une guerre en Europe sur le modèle de celle de l’ex-Yougoslavie, tant il y a de minorités ethniques en Hongrie, en Roumanie, en Slovaquie, en Tchéquie, etc. Mais reconnaître que l’on faisait entrer ces pays pour cette unique raison aurait démontré, a contrario, la mort d’une Europe intégratrice.

 

 

 

 

Quant à la globalisation de l’économie, ce n’est pas l’ouverture nécessaire et indispensable du marché français que nos concitoyens rejettent. Car, toujours selon le baromètre du Cevipof, 43 % d’entre eux estiment que la France doit s’ouvrir au monde d’aujourd’hui contre 31 % qui pensent le contraire. Mais cette ouverture ne doit pas se faire n’importe comment. Ou, plutôt, pas comme une passoire au moment où d’autre pays comme les Etats-Unis, le Japon et même la Chine (re)dressent des barrières. Les Français demandent des règles du jeu claires et compréhensibles. Parce qu’en matière d’ouverture à la modernité, tous les indicateurs montrent que la population française est dans le peloton de tête, comme pour le haut débit sur internet, ou est en train de le rejoindre, comme pour la téléphonie mobile.

 

 

 

 

Arrêtons-là les signes explicatifs plutôt encourageants. Car, à l’inverse, il serait tout aussi illusoire de croire que notre comportement serait celui d’un peuple cartésien qui veut seulement qu’on lui explique comment ça se passe et que l’on respect des règles équitables. Les Français d’aujourd’hui veulent une société qui n’est plus adaptée au monde tel qu’il est. Cette remarque ne signifie pas que le monde a raison d’être ce qu’il est mais que la France ne peut pas, ne peut plus adapter le monde à ses désirs. Il ne reste plus qu’à s’adapter à sa réalité. Le refuser, c’est refuser de se battre et même de le changer dans une certaine mesure. En clair, les Français ont non seulement oublié que le risque fait partie de la vie mais que le rejet de tout risque condamne à une inertie d’autant plus dangereuse que les autres avancent et acceptent les risques. Bien sûr, nous pouvons faire la même remarque que précédemment en disant que cette vision est également partagée par beaucoup de peuples de l’Europe de l’Ouest. Mais ceci n’est pas une consolation. Ce serait même un phénomène aggravant pour l’avenir de l’Union européenne !

 

 

 

 

Devant cette situation, quelles sont les solutions ? Il faut un nouveau lien social et un vrai débat de fond où tout doit être déballé. Un moment de vérité où les Français doivent choisir. Mais pour qu’ils puissent faire ce choix, il faut que les politiques oublient la langue de bois et expliquent les formidables enjeux qui nous attendent (quand il ne faut pas aussi les leur expliquer !!) ainsi que les chances et les atouts que nous possédons. Il n’y a pas d’autres alternatives si l’on souhaite que notre pays continue à aller de l’avant et à sauvegarder un maximum des meilleurs fruits de son organisation économique et sociale. Ce débat national doit avoir lieu le plus rapidement possible et durer aussi longtemps que les explications seront nécessaires. Ensuite, il faudra absolument prendre les décisions à partir du consensus qui se dégagera. Des décisions sans doute douloureuses parfois mais responsables. Exemple : il est pratiquement sûr que l’on ne pourra pas, dans les années à venir, garder toutes nos protections sociales au niveau où elles le sont aujourd’hui (qui n’est pas souvent un niveau optimum, d’ailleurs). Donc, nous devons nous poser la question de savoir quelles protections nous souhaitons garder en priorité et quelles protections doivent être réaménagées. On peut penser que la santé fait partie du premier groupe alors que l’on doit aller vers une plus grande flexibilité de l’emploi dans la situation actuelle. La réconciliation demandera beaucoup de lucidité.

 

 

 

 

Est-ce que cette réconciliation doit passer, au niveau politique, par une grande coalition du type SPD-CDU en Allemagne ? François Bayrou, président de l’UDF l’affirme (alors que dans cette optique, comme pour le FDP, le parti libéral allemand, il ne serait même pas dans cette coalition !). Et un récent sondage paru dans Ouest France indique que les Français sont à 61 % pour cette solution. Celle-ci présente évidemment des avantages. Mais est-elle « efficace » ? Ce n’est pas sûr. Est-elle bénéfique pour la démocratie ? Rien n’est moins sûr. La première grande coalition SPD-CDU dirigée entre autres par Willy Brandt dans les années soixante a fermé un espace de contestation démocratique qui a permis l’émergence de la Fraction armée rouge et de son terrorisme sanglant. En revanche, il est sûr qu’un gouvernement doit avoir une base solide au niveau parlementaire pour agir. Et cette base, elle-même, ne doit pas être seulement venir de cette distorsion de plus en plus grande qu’induit le système du scrutin majoritaire à deux tours où un parti avec moins de la moitié des voix peut diriger le pays presque deux tiers des sièges à l’Assemblée Nationale. Elle doit être majoritaire dans la population. Là aussi, la réforme doit passer.

 

 

 

 

On ne saurait oublier, pour finir ce rapide tour d’horizon, que la société a bougé et que les questions ne se résolvent plus de la même façon aujourd’hui qu’hier, tout simplement parce que le citoyen a changé. Méditons ce paradoxe très bien explicité par les universitaires Michel Kokoreff et Jacques Rodriguez : « Comment résoudre cette tension entre un élargissement du champ des possibles dans tous les domaines de la vie sociale et une demande accrue de sécurité – sanitaire, publique, sociale, etc. ? Au fond, chacun sollicite les autorités ou se pose en victime de leur impéritie, mais chacun aspire aussi à vivre sa vie, en quelque sorte, à sa guise. Autrement dit, les individus en appellent de plus en plus à un Etat dont ils cherchent par ailleurs à se déprendre. Telle est bien la nouvelle donne qui complique singulièrement l’équation politique. C’est dans ce contexte que l’on voit émerger progressivement un nouveau mode de gestion politique de l’incertitude sociale, dont les manifestations sont plurielles. »

 

 

 

 

Quoiqu’il en soit, l’urgence est là et il va bien falloir redonner confiance aux Français et à la France. Il n’est pas surprenant que, dans les sondages, l’affaire Clearstream ne passionne guère les Français. Ceux-ci disent qu’ils souhaiteraient que les politiques s’occupent plutôt de leurs affaires à eux, les Français !

 

 

 

 

Alexandre Vatimbella

 

 

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Lundi 1 mai 2006

Lorsque l’on écoute Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie et qui fut un des principaux conseillers économiques du président américain Bill Clinton, et lorsque l’on constate que l’énorme déficit actuel des finances publiques américaines ne nuit pas, pour le moment, à la croissance économique de la première puissance mondiale, on peut se demander si l’orthodoxie financière libérale qui réclame un équilibre rigide entre dépenses et recettes publiques n’est pas une aberration de plus dans une économie qui n’a souvent de science que le nom.

 

 

Joseph Stiglitz explique que le retour à l’équilibre des comptes publics lors de la présidence Clinton a permis de relancer l’économie presque par hasard ! Et il démontre que le déficit et non l’équilibre est bien, comme l’a prouvé Keynes en son temps, un moyen de relancer la machine économique. En outre, il affirme que les Démocrates américains, ses amis politiques, qui réclament à cor et à cri un retour à l’équilibre devant les dérives de l’administration Bush sont devenus, dans ce domaine là, plus libéraux que la droite républicaine dure qui se satisfait du déficit de 6 % du budget fédéral… Car, à l’inverse, le gouffre du déficit américain et sa durée auraient dû provoquer une récession majeure aux Etats-Unis, voire une catastrophe économique et financière. Et c’est loin d’être le cas !

 

 

A y regarder de plus près, les choses sont plus complexes. Lorsque Bill Clinton a hérité des déficits colossaux de l’ère Reagan et Bush senior – qui avaient baissé les impôts comme George W Bush le fait actuellement dans une vision de la très contestée théorie de l’offre (donner plus aux riches pour qu’ils investissent ce qui créera des emplois et donc de la consommation) – il était obligé de mener une politique de réduction des déficits et des dépenses publiques, sa crédibilité aux yeux du monde économique et sa future réélection étant en jeu.

 

 

Car, Bill Clinton voulait avant tout relancer l’économie et créer une nouvelle politique sociale complètement sinistrée depuis le passage de Ronald Reagan et de George Bush père. Sans entrer dans les détails, c’est en redonnant confiance au système bancaire – lui aussi sinistré – qu’une réduction des déficits et du budget de l’Etat amorça une relance. Et les grands programmes sociaux furent les grands perdants de cette politique, notamment la grande réforme de l’assurance santé.

 

 

De même, il ne faut pas oublier que la croissance américaine est actuellement payée par le Japon et, surtout, la Chine qui financent le déficit des Etats-Unis, notamment pour soutenir leurs exportations et leurs croissances !

 

 

Reste que l’injection d’argent frais dans l’économie demeure un moyen de créer une relance. Mais, comme toute mesure, elle doit être dosée quantitativement et, surtout, ne pas excéder une période donnée pour que le déficit ne devienne pas structurel. Ensuite, une fois la machine économique relancée, il faut éponger les déficits avant de réutiliser, lorsque la récession revient – et elle revient toujours, les cycles économiques n’ayant pas disparu –, à nouveau l’arme du déficit.

 

 

Ce modèle simple est évidemment… trop simple. Cela serait faire fi de toutes les variables économiques, politiques, sociales et autres qui jouent dans un sens ou dans un autre selon la conjoncture nationale et internationale. Une des grandes vérités de l’économie est que tout est aléatoire en matière de relance et de croissance. De plus, l’équation keynésienne pour avoir un effet maximal supposait une économie fermée où des acteurs nationaux profitaient de leur enrichissement pour enrichir d’autres acteurs nationaux qui, dans un circuit fermé vertueux, leur retournaient la politesse, ce qui était redevenu une  certaines réalité dans les années 1930, après la guerre de 14-18 et la crise boursière de 1929 où le protectionnisme avait fait son retour après une longue période de mondialisation des économies, mondialisation beaucoup plus ouverte qu’aujourd’hui.

 

 

Avec la réouverture des marchés nationaux aux produits étrangers, on sait que toute relance par le déficit bénéficie en partie aux importations et engrange en conséquence une relance bien moins forte qu’en circuit fermé. C’est la mésaventure qui survint au premier gouvernement socialiste de la V ° République en 1981 lorsqu’il voulu relancer l’économie par la consommation en ouvrant largement la pompe à finance en faisant fi de l’environnement international ce qui provoqua des déséquilibres importants et, au final, une croissance atone et une dévaluation.

 

 

Néanmoins, il vaut sans doute mieux appliquer des schémas cohérents plutôt que des combinaisons sans grande rationalité. En France, comme en Europe, par exemple, on a refusé pendant les années 1990 de jouer du déficit (notamment à cause de pressions américaines…), ce qui a provoqué une récession puis une croissance molle. Aujourd’hui, on semble vouloir jouer le contraire, sans s’inquiéter des dérapages et pour des résultats guère probants pour l’instant. Dans ce domaine comme dans d’autres, il faut le juste équilibre. De même, le déficit des finances publiques ne doit pas servir à boucher les trous d’une mauvaise gestion mais doit être une arme utilisée pour injecter de la dynamique dans la machine économique.

 

 

Mais s’il ne faut pas faire du déficit une simple gestion des finances publiques comme cela peut être le cas souvent – et un artifice politique et électoral -, il serait tout aussi gênant de se priver d’une telle arme économique afin de réinsuffler du dynamisme dans l’économie. De ce point de vue, il n’est pas souhaitable que l’on introduise une disposition dans la Constitution concernant l’équilibre budgétaire, ni de voter une loi dans ce sens. Demeurons responsables et pragmatiques. Non au déficit de convenance et de facilité. Non à la rigidité financière qui ne laisserait aucune marge de manœuvre. Car, n’oublions pas que les tenants d’une orthodoxie libérale refusent à l’Etat ce qu’ils prônent pour une entreprise. Car quelle entreprise pourrait réellement se développer sans emprunter ? Et l’Etat n’est qu’un outil au service de la communauté. De ce point de vue, il doit être géré comme une entreprise.

 

 

Une France réconciliée doit donc trouver un juste équilibre entre l’intervention de l’Etat et le libre jeu du marché. Comme l’écrit si bien Stiglitz, « Il faut bien répartir les rôles entre l’Etat et les marchés. Cette leçon, le monde n’a jamais cessé de l’apprendre. Lorsque les pays ont réalisé ce juste équilibre, ils ont connu une croissance forte (…). Quand ils l’ont rompu, allant soit vers le trop, soit vers le trop peu d’Etat, ils ont couru au désastre. » (1)

 

 

Alexandre Vatimbella

 

 

(1) Joseph E. Stiglitz, « Quand le capitalisme perd la tête », 2003, Fayard

 

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Lundi 6 mars 2006

Un champion mondial sera toujours plus actif dans son pays d’origine dans les domaines de l’emploi, de l’investissement, et des participations à la vie économique en tout genre sans parler de son tribut fiscal. Voilà un constat économique et social bien dérangeant pour les tenants du néo-libéralisme le plus débridé et d’une mondialisation sans contrôle. C’est dans ce cadre qu’il faut apprécier ce nouveau terme contesté et contestable du « patriotisme économique » martelé par notre Premier Ministre, Dominique de Villepin.

 

 

Voici peu, il y a eu Pechiney. Il y a maintenant Arcelor et Suez. Les achats d’entreprises françaises (ou pseudo-françaises comme Arcelor) ont fait (re)naître un protectionnisme de nos entreprises habillé à la va-vite d’un habit honorable et présentable, le « patriotisme économique ». Au temps de la mondialisation, est-ce bien raisonnable ? D’autant que toutes les grandes entreprises – et plus particulièrement les françaises – sont largement mondialisées au niveau de leur actionnariat mais aussi de leurs marchés. L’Oréal ne réalise plus que 12 % de ses ventes en France et les deux tiers des profits de Renault viennent de sa filiale Nissan et une autre partie de ses ventes à l’étranger. Quant à Total, le groupe pétrolier ne réalisé que 5 % de ses mirifiques douze milliards d’euros de profits dans l’hexagone.

 

 

Pourtant, la nationalité et la localisation d’une entreprise sont loin d’être anecdotiques. Ainsi, Total, L’Oréal et Renault emploient un nombre de salariés en France sans commune mesure avec leurs chiffres d’affaires et leurs bénéfices sur le territoire national. De même, leurs investissements en France sont plus importants que leurs parts de marché ainsi que les impôts que ces sociétés payent au fisc. A l’inverse, le passage de Pechiney dans le giron d’Alcan a eu comme conséquence la disparition du siège social et la fermeture d’usines en France. Ce démantèlement d’un des fleurons industriels français s’est fait exclusivement au profit de son nouveau propriétaire canadien.

 

 

Une étude récente d’un économiste indien, Tarun Khanna montre que la nationalité et la localisation d’une société jouent toujours en faveur du pays d’origine. Pour lui, « Les entreprises qui s’identifient fortement avec un pays particulier, trouvent plus souvent leur intérêt d’investir pour le bien-être de ce pays. » Il note ainsi que les investissements en infrastructures sont, par exemple, très importants dans le pays d’origine alors qu’ils sont carrément nuls dans les pays étrangers où ces entreprises travaillent. « La nationalité d’une société, explique-t-il, a des implication pratiques importantes. L’affaire Mittal-Arcelor est seulement le cas le plus emblématique d’une multinationale issue des marchés émergents tentant de s’approprier une société occidentale. Lorsque les protectionnistes affirment que la nationalité d’une société est important, leurs motifs cachés ne doit pas masquer le point crucial qui est correct : l’origine nationale d’une société compte vraiment. »

 

 

Tarun Khanna prend comme cas d’espèce la société informatique indienne Infosys : « Le géant indien du software est un des pilotes majeurs du succès de l’économie indienne. (…) Il a investi considérablement pour promouvoir l’image de l’Inde en sponsorisant notamment la campagne « India Everywhere » que l’on a vu lors du forum économique de Davos et qui vantait la démocratie indienne et les studios de cinéma de Bollywood. Il est difficile d’imaginer IBM, malgré sa forte présence en Inde, subventionner ce genre de campagne. Pour Infosys, l’histoire de l’Inde fait partie de l’éthique de ses fondateurs. L’opinion des Occidentaux sur l’Inde dépendra de comment ils apprécient les valeurs d’Infosys, valeurs qui seraient en danger si IBM s’emparait de la société indienne. De même, le fait que Bangalore possède un aéroport international est d’un grand intérêt pour Infosys, pas pour IBM. »

 

 

Comment, dès lors, concilier mondialisation nécessaire et la défense de nos champions industriels sans faire rimer cette défense avec un « patriotisme économique » au goût puissant de protectionnisme ?

 

 

La première réponse est dans l’innovation. Qu’une entreprise change de mains, quoi de plus normal dans une économie mondiale ouverte et voulue depuis des lustres par les Occidentaux. Ce qui l’est moins, c’est que cette entreprise n’est pratiquement plus remplacée faute de l’émergence d’un nouveau champion. A l’inverse des Etats-Unis, aucune PME n’est devenue un champion mondial dans les dernières décennies en France et en Europe. Il faut absolument créer les conditions de la relève au niveau entrepreneurial.

 

 

La deuxième réponse est de verrouiller le capital des entreprises au niveau national. De même, il faut éviter une trop grande dispersion de ce capital ce qui rend souvent ces entreprises facilement opéables.

 

 

Une troisième réponse pourrait être de mieux traiter les actionnaires en leur versant plus de dividendes afin de les décourager de vendre leurs actions et de prendre un bénéfice immédiat. C’est la tendance actuelle de beaucoup de grosses entreprises dans le monde afin de constituer des pactes d’actionnaires forts et une fidélisation des petits actionnaires. Total a ainsi reversé à ses actionnaires 35 milliards d’euros ces dernières années ! Est-ce la panacée au moment où nous avons besoin que les entreprises investissent plus ? De même, cette dernière mesure semble se faire souvent au détriment du développement des activités des entreprises et donc de la croissance économique et de l’emploi.

 

 

Mais si ces mesures semblent judicieuses, la seule vraie réponse se trouve évidemment dans l’Europe. Le patriotisme économique n’a de sens que dans la constitution de champions européens puissants dans le cadre d’une économie européenne de plus en plus intégrée. De ce point de vue, le non au référendum et la lente décrépitude de la construction européenne qui s’en est suivie ne sont pas de bonne augure pour ce qui est en train de se passer devant nos yeux. Si les Européens s’entredéchirent sur des questions aussi importantes et stratégiques que l’énergie, il est probable que, non seulement, ils soient les grands perdants de ces guéguerres mais que les grands gagnants soient nos concurrents mondiaux. Quand Krupp s’allie avec Mittal pour démembrer son concurrent européen Arcelor, quand le gouvernement français donne l’ordre à GDF de s’unir avec Suez pour empêcher le groupe italien Enel de bâtir un leader européen, quand le gouvernement espagnol s’inquiète de la volonté de l’allemand E.On de racheter Endesa, on se demande où est passé l’Europe. Sans doute dans le « plan B » !...

 

 

Que ce soit en Chine, en Inde, au Mexique, au Chili, au Brésil, en Corée et ailleurs, des multinationales sont en train de naître et de monter en puissance. Il serait dérisoire de croire que l’on peut endiguer ce mouvement rien qu’en faisant appel au patriotisme. La réponse ne peut être défensive : elle doit être offensive. Et la seule marge de manœuvre réellement offensive des Européens, c’est une économie européenne de plus en plus intégrée dans un univers politique et social de plus en plus convergent dans les vingt-cinq pays de l’Union.

 

 

Les tenants du « non » au Traité Constitutionnel ont voulu faire sortir l’Europe du champ politique. Que ce soit par la porte, la fenêtre ou la cheminée, elle reviendra dans la maison commune. Alors, autant préparer au plus vite, le retour de la fille prodigue. Il en va de notre avenir.

 

 

 

Alexandre Vatimbella

 

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Vendredi 17 février 2006

Lorsque l’on parle de l’histoire avec un grand H, il faut toujours s’en féliciter tant cette discipline, ô combien primordiale dans une démocratie, est souvent vouée aux rôles mineurs dans le système scolaire mais aussi dans la vie quotidienne. D’où, malheureusement, une presque totale inculture du citoyen lambda quant aux événements du passé, surtout ceux qui permettent la compréhension du présent.

 

Cependant, lorsque l’on parle histoire, il faut toujours garder son sens critique car, comme l’analysait fort justement Raymond Aron, « Les événements de l’histoire ont tout ce qu’il faut pour être transfigurés en mythologie ». Et cette tentation de donner à l’histoire cette dimension existe, à la fois, chez ceux qui glorifient un épisode historique et chez ceux qui le vouent aux gémonies.

 

Les récentes polémiques sur les bienfaits du colonialisme ainsi que sur l’absence de véritable commémoration d’Austerlitz posent des questions fondamentales au-delà des réactions épidermiques voire totalement empreintes de propagande malhonnête, d’un côté comme de l’autre. Et ne parlons pas de la réaction stupide d’historiens qui ont prétendu que l’histoire devait demeurer leur chasse gardée alors qu’ils devraient justement militer pour qu’elle se démocratise le plus possible en favorisant la prise de parole des citoyens.

 

Car, même si l’histoire nous apprend rarement ce que nous devons faire, au moins dans une certaine mesure, elle nous apprend ce qu’il ne faut pas faire. Et c’est déjà énorme. Encore faut-il que nous la connaissions afin de ne pas répéter les mêmes erreurs sans cesse et que nous ne soyons pas dupes d’endoctrinements criminels sans cesse renouvelés.

 

Certains historiens prétendent qu’il ne doit pas y avoir une « histoire officielle ». Fort bien, mais c’est pourtant celle qu’ils développent depuis longtemps dans les manuels scolaires et que tous les écoliers sont obligés d’apprendre sans sens critique. Sans faire une liste exhaustive et fastidieuse, pourquoi n’apprend-on pas que le « Bon roi Dagobert » est un des premiers à avoir expérimenté le génocide envers des tribus slaves ? Pourquoi continue-t-on à appeler Louis IX, Saint-Louis, alors que celui-ci envoya des milliers d’hommes se faire tuer dans des croisades sans intérêt ? Pourquoi la république fait-elle l’apologie sans nuance de l’empire napoléonien et de son créateur, un aventurier, certes de génie, mais dont le plus grand mérite fut d’être juste là au bon moment ? Pourquoi n’apprend-on pas que le roi de France, Louis XVI, était avant tout européen n’ayant en tout et pour tout qu’un cent trente sixième de sang français ?! Albert Einstein, dans un discours prononcé à la Sorbonne , expliquait avec humour : « Si ma théorie de la relativité est prouvée, l’Allemagne me revendiquera comme Allemand et la France déclarera que je suis un citoyen du monde. Mais si ma théorie est fausse, la France dira que je suis un Allemand et l’Allemagne déclarera que je suis un juif ». On ne peut mieux résumer les méandres de l’histoire officielle !

 

Le problème dans la magnification du passé et de sa gloire, ce n’est pas de faire d’un petit caporal arriviste, un héros européen flamboyant mais de penser que dans quelques générations on nous parlera peut-être des « bienfaits » d’un autre caporal, monsieur Adolf Hitler, pour les mettre en vis-à-vis avec ses « errements » comme le font déjà beaucoup d’Italiens avec Benito Mussolini et encore beaucoup plus de Russes avec Staline, sans parler du révisionnisme d’Etat au Japon avec l’empereur Hiro Hito et les criminels de guerre fusillés. Sans parler, non plus, des légendes écrites et mises en scène par leurs propres héros devenus « vérités officielles », comme c’est le cas pour César, pour Napoléon (encore lui !) ou pour Kennedy. Et, aujourd’hui, grâce à la sophistication de la communication, tout personnage, tout événement peuvent être mis en scène à des fins partisanes par des lobbies et des groupes d’intérêts ou encore des organisations terroristes et des Etats criminels. Comment sera traité Bin Laden dans les manuels d’histoire des pays musulmans ?...

 

Doit-il y avoir, dans l’instruction de l’histoire plusieurs points de vue ? Sans doute. Mais alors on en revient à ce que nous venons de dénoncer. Qui se chargera de donner un point de vue « positif » à Hitler, à Staline et autres bouchers de l’histoire ? Hitler n’a-t-il pas redonné le plein emploi aux Allemands ? Staline n’a-t-il pas fait de l’URSS, la deuxième puissance du monde ?

 

L’histoire est écrite par les hommes et, plus spécifiquement, par les vainqueurs. Sans doute, mais l’irruption du fait nationaliste au XIX° siècle a donné aux battus également des vertus héroïques et légendaires. D’autant que le fait d’être un vainqueur ne donne pas le droit de parer son combat d’une légitimité du « bien » contre le « mal ». Le « mal » a souvent gagné. Le « bien » a souvent perdu.

 

Les débats sur la colonisation et Napoléon sont ainsi assez complexes. L’une et l’autre ont fait la « grandeur » revendiquée par la France. L ’une et l’autre font partie des éléments de la vision que nous portons sur nous-mêmes mais également que les autres pays portent sur nous. Dénoncer, comme le souhaitent certains groupes de pression, les deux comme des totales falsifications de l’histoire serait trop réducteur. Les enjoliver, comme le demandent d’autres groupes de pression, serait un déni d’histoire.

 

Nous devrions pouvoir regarder notre histoire en face comme ont su le faire les Allemands après le désastre de l’aventurisme nazi. Progresser dans la démocratie, dans l’union des peuples (et notamment dans l’union des peuples européens) exige ce regard honnête. Ce dernier demande que nous renoncions aux images d’Epinal mais aussi que nous tournions le dos à une auto-flagellation tout aussi ridicule et mensongère. La vigilance doit toujours accompagner cette honnêteté. N’oublions jamais que la réécriture de l’histoire est un des passe-temps favoris des Etats et des idéologues et que cette activité n’est pas innocente. Comme l’écrivait André Malraux, « L’histoire est la mémoire d’un peuple, et pour changer un peuple, il suffit de changer sa mémoire ».

 

L’histoire de la France , l’histoire de l’Europe et l’histoire du monde sont ce qu’elles sont. Ni plus, ni moins. Ni aussi terribles, ni aussi glorieuses. Elles ont été faites par des femmes et des hommes, avec leurs qualités et leurs défauts. L’important est de les connaître pour construire l’essentiel : le présent et l’avenir.

 

 

Une France réconciliée avec elle-même est aussi une France réconciliée avec son passé, non pas pour en faire un mythe mais pour l’analyser et en tirer la substantifique moelle afin d’agir dans la réalité et de construire dans la sérénité.

 

 

 

Alexandre Vatimbella

 

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Jeudi 2 février 2006

«  La France est la seule nation du monde dans laquelle les hommes d’Etat n’ont pas commencé à dire la vérité à leurs compatriotes ni peut-être à eux-mêmes ». Cette appréciation de John Manyard Keynes, le grand économiste britannique du « welfare state », date des années 1930, mais demeure d’une bien cruelle actualité pour la classe politique française et certaines élites. Celle-ci et ceux-là ne se sont toujours pas convertis aux vertus du pragmatisme et de la responsabilité politique.

 

La politique, paradoxalement, se contente d’un gouvernement médiocre mais pas de promesses et de joutes oratoires médiocres. Comme si le paraître était la vertu principale que les électeurs demandent à leurs gouvernants. Ainsi, aujourd’hui encore, les discours politiques continuent à être gangrenés par les tromperies et les mensonges dans une sorte de joyeuse mais dangereuse irresponsabilité. Les défis que nous avons à relever méritent un discours de réalité dont nous sommes encore loin. Il ne s’agit pas, pour autant, de jouer les oiseaux de malheur mais de dresser un constat « vrai » afin d’appliquer les bonnes mesures et de mobiliser les citoyens autour d’un projet ambitieux.

 

 

« Tout va bien », clament certains. « Tout va mal », leur répondent en écho d’autres. Bien sûr, dans cette version binaire de la situation du pays, il y en a au moins la moitié qui ment ! Pour autant, y en a-t-il qui disent la vérité ? Non, il n’y a que des menteurs ! Car, en ce qui concerne les situations que connaissent actuellement la France et l’Europe, voire le monde, tous occultent la réalité avec leurs visions partisanes et, donc, forcément primaires et partielles. Tout est évidemment beaucoup plus nuancé. Personne ne peut prétendre, décemment, que les choses vont bien. Personne, non plus, ne peut affirmer honnêtement que tout est à jeter.

 

 

Evacuons immédiatement la nécessaire simplification du discours politique. Elle a toujours eu lieu, elle existera toujours et personne ne la remet en cause. Elle est nécessaire dans le sens où la majorité des citoyens - qui n’est pas diplômée de sciences politique et qui n’a pas la possibilité, ni l’envie, d’entrer dans les nuances - puisse comprendre les enjeux du présent et du futur et se positionner par rapport à la diversité de l’offre politique. Cependant, il y a une différence entre simplification et mensonge. D’autant que la situation actuelle nécessite un discours de « réalité » et « d’honnêteté » tant nous avons besoin de construire un avenir et de gérer un présent en prenant en compte les immenses défis qui nous attendent et qui ont besoin d’être relevés immédiatement.

 

 

Dès lors, pas besoin de noircir le tableau pour stigmatiser l’autre, pas besoin d’enjoliver le réel pour se décerner un autosatisfecit. L’une et l’autre des postures risque de démobiliser les citoyens, soit en les déresponsabilisant, soit en les démoralisant. A lire les diverses contributions au débat politique qui sortent ces temps-ci, on est atterré par cette irresponsabilité du discours. Et l’on se remémore cette sentence de Bossuet, « Le plus grand dérèglement de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut bien qu’elle soient, et non parce qu’on a vu qu’elle sont en effet ».

 

 

Si le « tout va bien » est en général le discours de ceux qui exercent le pouvoir, le « tout va mal » se retrouve mécaniquement dans l’opposition. Sans oublier le catastrophisme du « tout s’écroule », qui est l’apanage des extrêmes tant à droite qu’à gauche que des opportunistes. L’ambition politique n’est pas illégitime, elle est tout le contraire. Mais, entre une éthique de conviction que l’on professe dans l’opposition et une éthique de la responsabilité que l’on revendique en exerçant le pouvoir, il y a une voie d’action politique dont l’éthique est de promettre le possible et de s’atteler à réaliser l’impossible pour y parvenir. Car, si comme le prétendait Hegel, nous ne sommes que la somme de nos actes, alors, l’éthique de la politique c’est de faire ce que l’on a promis et non promettre ce que l’on ne pourra pas faire. Ici, nulle réalité détruisant le rêve mais, au contraire, une réalité sur laquelle s’appuie le rêve d’une meilleure société.

 

Si convaincre de la justesse de ses idées demande des promesses pour le futur, elle demande aussi et avant tout un respect de celui que l’on veut convaincre en lui expliquant clairement la tache future à accomplir et l’état de la situation présente sans démagogie, dans un esprit de responsabilité. Le politique qui a une vision de l’avenir et une responsabilité du présent, possède l’éthique nécessaire pour gouverner.

 

 

Néanmoins, cette sorte de combinaison entre la « beauté » des idées et le « réalisme » du quotidien doit être tout sauf de l’inaction. Aujourd’hui comme hier, l’action, l’exercice effectif du pouvoir, sont le juge de paix de tout courant de pensée politique. L’action nécessite de posséder le courage d’une vision au-delà des échéances électorales, au-delà de la conformité aux sondages, au-delà du « simplisme » médiatique.

 

Réconcilier la France avec elle-même, c’est applaudir à toute politique qui donne des résultats positifs même si elle ne vient pas de son « côté ». Car l’énergie dépensée à contrer l’action de ses concurrents politiques fait le bonheur des adversaires du pays. Cela ne signifie point qu’il faille un unanimisme national mais bien une union des citoyens dans la réalité des défis à relever. Et si tel était le cas, cette prise de conscience serait une sacrée avancée vers l’intelligence politique. Elle libèrerait des forces positives pour s’adapter au monde qui vient mais, surtout, au monde qui est là, devant nos yeux et qui attend que nous nous occupions réellement de ses problèmes.

 

 

Alexandre Vatimbella

 

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