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Le courage n’est pas toujours de partir la fleur au fusil pour se faire massacrer en rase campagne, ni de prendre des risques inconsidérés qui aboutiront à l’inévitable, une défaite cuisante pour la cause que l’on défend.

Mais cela peut être, également, la décision de mettre sa cause au service d’une cause supérieure lorsque cela s’avère indispensable.

En politique, le courage est une des vertus principales avec l’honnêteté et la responsabilité.

Montrer du courage pour un homme ou une femme politique, c’est évidemment défendre ses choix, ses valeurs et ses principes contre vents et marées, ceux qu’on estime bons, non pour soi, son ambition et/ou uniquement les intérêts de la clientèle électorale que l’on défend, mais pour son pays, voire pour l’humanité.

C’est sans doute pourquoi le courage est souvent si peu présent, tout comme l’est l’honnêteté (dans les propos tenus voire dans les actes) et la responsabilité.

Cependant, le courage peut aussi se montrer d’une autre façon, en faisant passer l’intérêt du pays avant son engagement politique partisan à un moment donné afin de lui permettre de passer un cap difficile ou pour le soustraire à une grave menace.

Tel est aujourd’hui le dilemme des partis centristes français pour l’élection présidentielle de 2017.

Leur courage est-il de présenter un candidat, de ne pas en présenter en se ralliant en fin d’année 2016 ou au début 2017, dès le premier tour, à un candidat d’un autre parti ou indépendant, de faire alliance dès maintenant avec un parti et/ou un candidat?

Le premier scénario est d’aller au combat politique afin de défendre ce à quoi l’on croit, quel que soit le résultat et parce que personne d’autre de mieux placé ne le fait.

Ce courage politique est hautement respectable et se voit souvent chez certains politiques qui n’hésitent pas à batailler pour leurs idées et leurs valeurs en sachant qu’ils ne triompheront pas mais qu’ils permettront à celles-ci d’être mises en lumière lors de la campagne électorale.

Au cours de la V° République, des centristes se sont présentés à la présidentielle afin d’être le représentant d’un courant de pensée auquel ils croyaient et qu’ils souhaitaient être présents à ce scrutin crucial.

Ce fut le cas de Jean Lecanuet en 1965, de Raymond Barre en 1988 ou de François Bayrou en 2002 et 2007.

Le deuxième scénario est de rallier un candidat à un moment donné du processus électoral.

Il s’agit du cas où le résultat ne serait pas à la hauteur des espérances au vu des sondages alors qu’il faut barrer la route à un candidat dangereux en appelant à voter pour un autre plus proche de ses idées.

Ici on peut, néanmoins, défendre ses idées et ses valeurs, les présenter aux Français pour savoir ce qu’ils en pensent et s’ils y adhèrent avant de s’effacer pour ce que l’on croit le bien du pays.

Le troisième scénario est de renoncer à se présenter pour de rallier un candidat d’un autre parti dès le départ du processus électoral parce que les chances de l’emporter sont nulles et qu’une menace grave existe.

Ce cas de figure ne permet pas défendre ses idées et ses valeurs autrement qu’en négociant une place pour celles-ci dans le programme du parti ou du candidat que l’on a rallié, sans savoir si elles auraient eu un écho favorable auprès des Français.

Pour autant, dans ces scénarios, le courage politique peut être totalement absent.

Dans le premier, l’ambition et les inimitiés personnelles peuvent aboutir à une candidature qui n’a aucune chance, qui ne représente pas une alternative politique réelle, qui n’est pas crédible et qui va peut-être barrer la route au candidat le plus proche de ses idées et de ses valeurs tout en permettant à un candidat extrémiste d’être présent au second tour voire de l’emporter.

Dans le second et le troisième la peur de se compter et/ou de n’avoir plus députés et/ou de n’avoir pas de postes au gouvernement fait que le courage politique n’est pas présent laissant la place à de petits calculs et à des négociations où l’honneur de la politique n’a guère de place.

Analysons les trois scénarios vis-à-vis de la situation des centristes actuellement.

Le meilleur score que donnent actuellement les sondages au candidat centriste le mieux placé (François Bayrou) est de 13%, ce qui ne lui permet pas d’être au second tour, puisqu’il est, au mieux, quatrième.

De même, tous les sondages prédisent la présence de la candidate du Front national (Marine Le Pen) au second tour.

La place de deuxième finaliste est promise à Alain Juppé (qui est en tête de tous les sondages), s’il est désigné comme candidat de la Droite lors de la primaire de LR.

Si c’est Nicolas Sarkozy ou Bruno Le Maire, la seconde place sera disputée entre eux et le candidat socialiste, qu’il s’appelle François Hollande ou d’un autre nom.

On comprend dès lors que l’intérêt d’une candidature venue du Centre est, par rapport aux sondages et à l’équilibre des forces politiques datant de la dernière présidentielle (2012) ainsi que de toutes les élections intermédiaires, des municipales aux européennes en passant par les départementales et les régionales, sans oublier les législatives partielles, une candidature de témoignage.

Cela ne la rend pas moins nécessaire voire indispensable au courant centriste mais limite sa portée même si François Bayrou estime pouvoir terminer à la deuxième place lors du premier tour si le candidat de LR n’est pas Alain Juppé puis l’emporter au second face à Marine Le Pen, ce qu’aucun sondage ne confirme pour l’instant.

Le risque d’une candidature centriste face à une candidature droitiste (puisque les partis centristes sont alliés à LR) n’est donc pas de qualifier la candidate de l’extrême-droite pour le second tour puisqu’elle l’est dans tous les cas de figure mais d’y empêcher la présence du candidat de la Droite et, par contrecoup, favoriser celle du candidat de la Gauche.

Le Centre ne serait donc pas celui qui servirait de marchepied à l’extrême-droite mais celui qui barrerait la route à la Droite.

Néanmoins, le principal responsable de l’absence de la Droite au second tour serait d’abord la faiblesse de LR et de son candidat, la présence d’un candidat centriste n’étant que secondaire dans cet échec électoral.

Cette situation nous ramène aux deux scénarios sans candidat centriste lors du premier tour car l’on peut penser qu’en étant allié avec la Droite, le Centre préfère qu’il y ait le candidat de LR au second tour plutôt que celui du PS.

Mais cela élimine logiquement le troisième scénario où aucun candidat centriste ne se déclare pour mener campagne, celui qui est privilégié par le Mouvement démocrate (François Bayrou s’est déjà rallié à Alain Juppé) et l’UDI (qui souhaite dès à présent un accord de coalition).

Pourquoi?

Tout simplement parce qu’il sera temps, le 28 novembre prochain, au soir du second tour de la primaire de LR de faire un état des lieux, à la fois, d’une candidature centriste et de ses chances de l’emporter, et d’une candidature de LR, selon le candidat choisi par cette consultation et ses scores dans les sondages.

Dès lors, en l’occurrence, le courage politique des centristes est de présenter un ou plusieurs candidats pour défendre leurs idées et leurs valeurs, d’apprécier comment les Français les reçoivent et de se déterminer, in fine, au début de 2017 pour savoir s’ils vont à l’élection avec un candidat, celui qui est le mieux placé, ou s’ils rallient celui de LR pour lui assurer sa présence au second tour.

Et si ralliement il y a alors, il se fera en privilégiant malgré tout ces idées et ces valeurs, en négociant dans l’honneur une coalition qui donnera toute sa place au Centre dans la nouvelle majorité et le nouveau gouvernement si le candidat qui sera celui de la Droite et du Centre gagne la présidentielle.

Alexandre Vatimbella

Voir le site Le Centrisme

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