La situation actuelle de la France vient d’une crise qui frappe notre pays depuis la fin des années 1970, voire depuis la révolution industrielle. Car cette crise n’est pas uniquement sociale et économique, elle est surtout sociétale. Les Françaises et les Français, inquiets, se sont recroquevillés sur eux-mêmes tout en rejetant une vision dynamique de la France et de l’Europe dans le monde, vision qui bouscule par trop une imagerie traditionnelle et sécurisante de notre pays qui pourtant ne correspond plus du tout à la réalité du XXI° siècle. Ce rejet est d’autant plus fort qu’il s’accompagne, selon une majorité des citoyens, structurellement, d’une crise économique, d’une régression sociale, d’un reflux identitaire et d’une disparition de la « grandeur universaliste » française. foi dans un avenir meilleur.

 

C'est pour cela, j’ai décidé de créer un blog baptisé «  La France Réconciliée  » qui veut  contribuer au débat pour un renouvellement de la démocratie dans le cadre d’une société libérale et sociale qui place l’humain au centre de sa vision.


Alexandre Vatimbella

Jeudi 19 janvier 2006

Consciemment ou non, volontairement ou non, nous nous individualisons et nous nous mondialisons. Cette transformation individuelle et collective s’élabore alors même que monte un rejet des peuples vis-à-vis de la globalisation économique, comme en France.

 

 

L’individualisme est la résultante du progrès économique et social, de la transformation technologique, notamment en matière de communication, ainsi que de l’élévation du niveau intellectuel. Mais il provient également de l’incertitude du lendemain qui pèse sur notre présent et notre avenir à la fois dans notre vie quotidienne (peur du chômage, de l’insécurité, etc.) et dans notre existence elle-même (possibilité de destruction du monde par une guerre atomique ou dégradation irrémédiable de notre environnement). En perte de repères collectifs, on assiste à une sorte d’individualisation des valeurs. On prône le respect, mais pour soi. On demande plus de justice sociale, mais en sa faveur. On veut l’ouverture des magasins le dimanche mais on ne veut pas faire d’heures supplémentaires. On veut bien lutter contre la dégradation de l’environnement mais sans remettre en cause sa manière de vivre. Tous ces comportements ne sont pas forcément nouveaux mais ils ont pris une importance croissante, ces dernières années.

 

 

Quant au mondialisme, lui, il est à la fois une résultante de la perte de références locales et de l’ouverture intellectuelle des peuples, forcée ou non, sur les autres cultures. On voit ainsi apparaître une convergence accrue des modes de vie – ou de l’idéal d’un mode de vie - mais aussi une « hybridation », un métissage de ceux-ci et des valeurs. Ce qui donne des résultats parfois étonnants, comme ces « chrétiens bouddhistes » qui mélangent allègrement paradis et réincarnation !

 

 

Mais c’est aussi la tentative esquissée par de nombreux penseurs et philosophes de mettre en place une culture mondiale portée par une idéologie de la « mondialité », nouvel universalisme appelé à apporter paix et prospérité dans un monde uni et fraternel, montrant ainsi que la mondialisation n’est pas ce monstre venu nous occire mais peut être une chance pour l’Humanité tout entière.

 

 

Bien entendu, cet individualisme mondialiste est porté par la globalisation économique et financière, l’accentuation des phénomènes de « transnationalité » et d’interdépendance, l’extension du « technoglobalisme » et, bien sûr, la révolution de la communication avec les NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication). Ce mouvement d’autonomie croissante de l’individu dans une sphère de dimension mondiale est une tendance forte. Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne rencontre pas de résistances très fortes. C’est le fait même de ce paradoxe, voire de cet anachronisme, d’un individu de plus en plus replié sur lui-même et ses satisfactions immédiates qui s’ouvre au monde et aux influences multiculturelles et multiethniques.

 

 

Faisons un raccourci saisissant – et, évidemment, caricatural - pour bien faire comprendre l’incohérence de notre démarche. En tant qu’individus européens, nous sommes fascinés par le bouddhisme et le spiritisme indien mais nous ne souhaitons pas pour autant que les entreprises de notre pays ouvrent des usines ou délocalisent celles qui se trouvent chez nous en Inde, même si nous désirons que ce pays sorte de sa pauvreté et, surtout, nous nous ruons sur les produits venant d’usines installées en Inde parce qu’ils sont incomparablement moins cher que ceux produits dans notre pays. D’ailleurs, nous souhaitons fortement que les prix baissent encore tout en voulant toucher des salaires plus élevés (ce qui est une raison des localisations indiennes de ces mêmes usines)...

 

 

Comprenons-nous bien : tout n’est pas incohérent et stupide dans notre attitude. Vouloir des prix plus bas, des salaires plus hauts, avoir de la sympathie pour un pays comme l’Inde tout en lui reprochant de prendre nos emplois ne sont pas condamnables en soi. Ce qui manque dans ce fatras d’opinions contradictoires qui s’entrechoquent et se percutent, c’est une ligne de conduite claire vis-à-vis de cette situation et des enjeux qui en découlent. Et la première question est, bien sûr : la mondialisation est-elle un bien ou un mal pour nous et notre pays (c’est l’ordre dans lequel les gens réagissent aujourd’hui) ?

 

 

La réponse est simple… et compliquée. Les Français ont tout à gagner à la mondialisation pourvu qu’ils en prennent la dimension, qu’ils en relèvent les défis et qu’ils s’y adaptent. En fait, ce n’est pas parce qu’il y a des « chrétiens bouddhistes » que nous avons réellement bâti une grille d’analyse de la mondialisation, bien au contraire. Partir en vacances sur les plages de Bali ou en croisière sur le Nil, acheter des fours à micro-ondes ou des pantalons « made in China », téléphoner à un centre d’appels basé à Bangalore, écouter du raï algérien ou de la salsa cubaine, surfer grâce à Google et à MSN Messenger, rouler en Toyota ou en Kawasaki, etc. ne sont pas des preuves d’une quelconque compréhension du monde qui nous entoure. La révolution que celui-ci connaît, exige que nous appréhendions le plus exactement possible ce qui en résulte et ce qui en résultera sur notre mode de vie et de pouvoir, individuellement et collectivement, élaborer des réponses adéquates pour faire partie des gagnants de ce processus sans doute irréversible. A moins d’un grave conflit armé – que l’on ne peut exclure – c’est une tendance qui va continuer à s’accentuer. Ceux qui s’y installeront avec dynamisme seront certainement les gagnants de ce mouvement en profondeur de la société issu, bien évidemment, des révolutions politiques (l’extension de la démocratie en tant qu’idée et forme de gouvernement la meilleure) et des révolutions industrielles et technologiques.

 

 

Ce constat doit être la base d’une réflexion sur la rénovation en profondeur de notre société et la régénération des valeurs communes qui fonde notre « vivre ensemble ». Si l’individu s’affirme et se mondialise, c’est au détriment des structures et des liens traditionnels, à la fois parce qu’il veut s’en extraire pour étendre son autonomie et donc sa liberté mais aussi parce que ces structures et ces liens ne remplissent plus leur rôle de protection et identitaire.

 

 

C’est le cas partout dans le monde (n’oublions pas que George Bush a gagné les élections présidentielles américaines en 2004 sur les valeurs) mais surtout en Europe. Ainsi, l’Européen qui devrait, comme ses parents et grands-parents, regarder devant lui pour y voir un avenir meilleur, se retourne maintenant pour contempler « l’âge d’or » des générations passées. Car il est persuadé que ses efforts ne lui permettront plus un progrès aussi éclatant. Alors, il a tendance à pendre ce qu’il y a à prendre, tout de suite, à ne lâcher aucun des avantages accumulés lors de cet âge d’or même si cela se fait au détriment de son propre avenir et, plus grave, de l’avenir de ses enfants. Un sondage Gallup commandé par le World Economic Forum et publié fin janvier 2006 en fait le constat amer : « L’Europe occidentale, disent les sondeurs, est de loin la région la plus pessimiste avec moins d’une personne sur cinq (18%) qui estime que le monde sera plus prospère pour la prochaine génération, alors que plus de la moitié (53%) pense qu'il le sera beaucoup moins ou un peu moins ».

 

 

Il nous faut donc imaginer, à l’échelle française et européenne, une société, un lien social qui prennent en compte cette réalité. Les vieux schémas peuvent encore s’appliquer de manière ponctuelle ou partielle mais il leur faut du sang neuf pour intégrer ce « mondialisme individualiste » (espace de l’individualisme mondialiste) et pour en faire une vraie valeur humaniste capable de forger un lien social fort. Ce n’est pas un hasard si 84% des Français se disent heureux, selon un sondage de l’hebdomadaire économique Challenges publié au début de janvier 2006, et qu’ils considèrent, en revanche, que 72% des Français ne le sont pas… Ce résultat peut se lire de manière positive : « ma vie me satisfait globalement ». Ou de manière négative : « ce n’est pas mon problème si les autres ne vont pas bien et je ne peux rien y faire ». A l’opposé, les dernières enquêtes d’opinion montrent  que les Français pensent de plus en plus que la mondialisation (globalisation) économique est plutôt une mauvaise chose pour chacun d’eux pris individuellement, même s’ils continuent à penser que c’est plutôt une bonne chose pour les consommateurs ! Voilà bien un exemple de la confusion qui règne dans nos têtes…

 

 

Imaginer cette société, c’est aussi savoir ce que veut l’individu. Dans ce domaine tout a été écrit et son contraire. Car il n’est pas facile d’élaborer un portrait-robot d’un individu, à la fois, sachant ce qu’il veut et ne le sachant pas, votant pour ses intérêts sans savoir lesquels ils sont ! Toute la sociologie politique est engluée dans ces paradoxes irréconciliables. Car l’individualisme mondialiste est aussi une posture de désarroi face à un monde illisible faute de grille d’analyse adéquate mise à la disposition des citoyens. Cela ne doit pas empêcher de réfléchir sur le cadre dans lequel l’individu doit construire sa vie. Ce cadre doit lui assurer à la fois son autonomie et lui permettent d’appartenir réellement à une communauté. Et, à la base, on retrouve toujours les mêmes « vieilles » valeurs : liberté, respect, solidarité, tolérance. Cependant, nous avons vraiment besoin aujourd’hui qu’elles ne soient plus seulement des mots mais des réalités…

 

 

Alexandre Vatimbella

 

par Alexandre Vatimbella publié dans : lafrancereconciliee
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Mardi 27 décembre 2005

Rien n’est gratuit en ce monde. Les Français, comme tous les autres peuples du monde, se sont battus pour édifier une société plus développée, plus prospère et plus solidaire. Et ce n’est que par son travail (qui est une condition sine qua non du développement) que le peuple français s’est bâti un présent plus humain et plus heureux que celui que connaissent malheureusement beaucoup de peuples de la planète. N’oublions jamais cette évidence. Rien ne s’est construit sans ce dur labeur de tous. Cette magnifique entreprise collective, quel que soit ses ratés et son soi-disant « sur-place » actuel (qui n’en est d’ailleurs pas un), a donné un résultat dont nous pouvons êtres fiers. Nous sommes même aujourd’hui dans une société beaucoup plus développée, sociale et sûre qu’il y a une vingtaine d’années malgré notre sentiment d’une détérioration de notre environnement économique et social.

 

 

La deuxième évidence est que tout cela est fragile, par essence, comme l’est la vie. Le combat n’est jamais passé, il est et sera toujours actuel. Si nos grands-pères et nos pères se sont battus pour construire cette société, nous devons, nous aussi, nous battre. Depuis les Incas et les Mayas nous savons que les civilisations meurent, tout autant, faute de régénération interne que par les agressions extérieures. Tout est donc contingent au présent. Les avancées du passé doivent être constamment régénérées. Rien n’est jamais acquis définitivement. Or nous avons tendance à croire que ce que nous avons est intangible…

 

 

Ce double rappel doit ramène bien évidemment tout droit à la situation économique et sociale d’aujourd’hui, dans cette « réalité » que beaucoup tentent de fuir et, parmi eux, un certain nombre d’hommes politiques effrayés et incapables d’analyser ce qui se passent ou, pire, incapables de prendre leurs responsabilités pour informer les citoyens et leur proposer des remèdes qu’ils pensent « impopulaires »…

 

 

Alors, ils adoptent une position indigne de leur mandat. Pour eux, les problèmes majeurs que nous rencontrons actuellement proviendraient d’un « ailleurs » qu’ils peuvent difficilement décrire et qui détruirait notre société. Pour preuve, la menace sur le soi-disant « modèle français », en tout cas sur la protection sociale élaborée depuis une centaine d’années et sur l’Etat providence (dont l’appellation d’origine anglaise est plus exacte : « Welfare State » que l’on pourrait traduire par Etat de bien être).

 

 

Cette dérobade coûte cher d’autant qu’elle permet à la plupart de nos concitoyens de croire que cette protection sociale constitue des droits définitivement acquis. Or, rien n’est plus faux et dangereux de les conforter dans cette opinion. Nos droits sociaux dépendent de l’environnement économique et sociétal et, surtout, des efforts que nous souhaitons fournir pour la préserver, si ce n’est l’étendre. Bien sûr, l’environnement mondial entre en ligne de compte mais ce qui est plus important c’est la manière dont on l’apprécie et dont on se positionne par rapport à lui.

 

 

Le constat est amer mais on ne peut l’éluder : nous avons construit notre modèle social sur des réalités qui n’existent plus tant à l’intérieur de notre pays (vieillissement de la population, par exemple) qu’à l’extérieur (émergence de nouveaux concurrents à bas prix et resserrement des écarts technologiques). Ce n’est pas en le « sanctuarisant » ou en dressant d’hypothétiques barrières (douanière, migratoire, culturelle, etc.) que l’on pourra, ni recréer ces réalités disparues, ni éviter la faillite du système tel qu’il est bâti et qu’il fonctionne aujourd’hui.

 

 

La tâche, ô combien indispensable, du politique est d’expliquer clairement cette situation, de présenter honnêtement la nouvelle réalité et de proposer courageusement les diverses solutions d’adaptation mais aussi et surtout de sauvetage du système social en évitant de l’ériger en modèle intouchable.

 

 

La situation, tout d’abord. Nous sommes dans une logique de faillite du système social qui est trop cher, inadapté et de plus en plus improductif quant à son but. La nouvelle réalité, ensuite. La France se trouve dans un monde globalisé qui convient bien à ses potentialités dans la haute technologie et dans les services mais qui rend obsolète son organisation de la protection sociale qui coûte (trop ?) cher avec des « avantages » sociaux qui deviennent des « handicaps » économiques comme la retraite à 60 ans ou les 35 heures, qui ne sont en soi ni de bonnes, ni de mauvaises mesures.

 

 

Les solutions, enfin. Posons quelques questions simples qui vont éclairer le sens des réformes à mettre en place : Quelles sont les protections sociales les plus importantes à sauvegarder ? A 60 ans est-on vieux aujourd’hui ? Qu’est-ce que le travail ? Commençons par la dernière. Le travail est tout simplement la condition sine qua non pour l’être humain de demeurer en vie. Sans travail, aucune société ne peut exister. De ce point de vue, le travail n’est ni une corvée, ni un plaisir mais une nécessité. Le rendre moins pénible ou plus agréable, raccourcir sa durée, remplacer le facteur humain par la machine, tout cela est dans l’ordre des choses pour, non pas se « libérer » du travail - ce qui est impossible -, mais trouver des moyens de déléguer certaines tâches pour en effectuer d’autres. Le travail est donc la seule valeur de base de notre activité en tant qu’humains pour assurer notre existence au sens de demeurer en vie.

 

 

Ce travail peut être divisé en deux parties. La première serait celle qui est nécessaire pour assurer notre survie. La deuxième serait celle qui nous permettrait de vivre mieux. C’est évidemment de cette deuxième qu’il est question ici car, heureusement, les Français sont capables d’assurer leur survie. Dès lors que le travail diminue en temps mais qu’un certain nombre de droits demeurent attachés à son exercice, se pose la question de l’équilibre entre sa création de valeur et la possibilité d’assurer la jouissance de ces droits sociaux. Cette mesure ne peut pas se faire dans le simple cadre national mais dans une globalité de l’économie mondiale puisque celle-ci est largement transnationale. Dès lors, plus cette durée baisse (chômage des jeunes, départ à la retraite plus tôt, baisse du temps de travail), en valeur absolue et en valeur relative par rapport aux autres pays, plus il devient difficile d’assurer les protections sociales.

 

 

Demandons-nous donc si, aujourd’hui, nous sommes vieux à 60 ans. L’espérance de vie est en continuelle progression et les personnes âgées se portent de mieux en mieux de plus en plus longtemps. Tant mieux. Mais, en leur permettant de ne pas travailler, on se prive d’une main d’œuvre importante, qualifiée et compétente. En outre, on paye des retraites élevées sans pouvoir assurer celles de ceux qui les payent aujourd’hui dans notre système de répartition. Dans de nombreux pays, l’âge de départ à la retraite est revu à la hausse. La France ne pourra pas faire l’impasse sur cette réforme. Quant aux protections sociales indispensables, nous devons ranger dans celles-ci l’accès à la santé pour tous (mais pas un accès à tout), des aides aux familles les plus démunies, des aides aux personnes privées d’emploi et quelques autres protections du même type.

 

 

Rallonger la durée du travail et repousser l’âge de la retraite en introduisant des mécanismes de fonds de pension par capitalisation. Focaliser l’attention sur les protections sociales les plus importantes. Créer un environnement favorable au travail et à l’accompagnement des chômeurs. Voilà quelques mesures afin de retrouver une croissance économique indispensable pour faire tourner la machine sociale. Le courage politique est maintenant de l’expliquer après avoir feint pendant des années de trouver des « solutions miracles »…

 

 

Alexandre Vatimbella

 

par Alexandre Vatimbella publié dans : lafrancereconciliee
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Dimanche 6 novembre 2005

« Il n’y a pas de situations désespérées ; il y a seulement des hommes qui désespèrent des situations. », dit ce proverbe chinois particulièrement adapté à la situation présente de notre pays mais aussi de la plupart des autres nations du monde. Certaines périodes de l’histoire de l’Humanité sont des charnières entre l’ancien et le nouveau, entre le déclin et le (re)nouveau, entre les risques de sombrer dans une crise majeure et la chance de rebondir en construisant le nouveau paradigme idéal. Nous sommes sans doute à l’un de ces moments dont le président américain, Franklin D. Roosevelt, affirmait – en parlant des années 30 qui subirent la grande dépression et se terminèrent par la plus grande boucherie de tous les temps - que la génération qui est aux commandes « a un rendez-vous avec le destin. ». Nous sommes dans un temps où les enjeux doivent nous transcender pour ne penser qu’à notre mission, clairement définie par un état des lieux sans équivoque, d’inventer un nouveau présent en pensant à l’avenir. Cette mission, à nous tous, « simples citoyens » de la France et du monde, ne réside pas dans ce que nous voulons faire, ni même dans ce que nous pouvons faire mais dans ce que nous devons faire. Nous avons un devoir à accomplir pour notre génération ainsi que pour celles qui la suivront. Il n’y a rien de pompeux ou d’emphatique dans cette affirmation, ni même d’alarmiste. De même, il ne s’agit pas de tomber dans une « mode » du prophétisme du malheur et de la recherche des hommes ou des idéologies providentiels. A toutes les époques, des augures ont stigmatisé les temps présents, faisant du « sursaut nécessaire » leur unique fond de commerce. Toujours ils se sont trompés en trompant les crédules du pessimisme. Mais, tout comme il convient de ne jamais dramatiser outrancièrement les enjeux, il ne faut pas, non plus, les relativiser en manquant de sens politique. La donne est encore de notre côté, mais pour combien de temps ?

 

 

Depuis la mise au point de l’arme nucléaire à la fin de la dernière guerre puis avec le développement effréné de nos économies, nous savons que nous pouvons détruire le monde ou, ce qui revient au même pour nous, l’Humanité. Evidemment, le pire n’est jamais sûr et certains prétendent que le progrès humain suffira à nous faire trouver des solutions adéquates sans pour autant devoir renoncer à notre développement. D’autres rappellent que cette vision est par trop optimiste et que les civilisations meurent, l’histoire nous l’ayant prouvé à maintes reprises (comme, par exemple, celle des Mayas), parce que celles-ci n’avaient pas réussi à maîtriser leur développement qui détruisit leur environnement après l’avoir trop u(tili)sé. Sans attendre de savoir qui a raison, nous pourrions peut-être agir en incluant ces deux données. Oui, nous trouverons des solutions. Oui, nous devons faire en sorte de ne pas les rendre inopérantes par une situation sans point de retour.

 

 

On pourrait également affirmer qu’il est primordial de s’attaquer aux vrais problèmes. Car, quand on les cache, on ne peut, non seulement s’y attaquer, mais on ne peut encore moins les résoudre puisqu’on affirme qu’ils n’existent pas (la « crise des banlieues » en est un exemple frappant). Ce cercle vicieux est devenu un mode opératoire banal et général dans les sphères du politique. En adoptant des mesurettes et en remettant à demain la prise en charge des grands défis, on ne fait qu’une chose : on augmente leur probabilité de ne pouvoir être résolus. Il nous faut donc une détermination forte et possédant un sens afin d’entraîner tous les citoyens dans ce challenge crucial. En son temps, Franklin D. Roosevelt, pour sortir de la crise de 1929, avait élaboré un programme dit des « 100 jours » (celui auquel Dominique de Villepin faisait sans doute référence pour son propre programme et non celui des 100 jours du retour de Napoléon…). Pendant ce laps de temps, de très nombreuses mesures furent décidées, non pas pour sortir de la crise immédiatement – ce qui ne fut vraiment réalisé qu’en 1946 ! – mais pour donner les bonnes directions et restaurer la confiance.

 

 

Il ne s’agit pas de s’inspirer du programme du président américain qui n’est plus d’actualité mais de s’inspirer de ce volontarisme qui permit un dynamisme certain même si les résultats concrets du New Deal prêtent toujours à discussion. Rappelons-nous cette donnée essentielle : oui, les peuples possèdent le pouvoir de changer les choses. Et celle qui en découle : oui, le volontarisme politique peut donner le nouvel élan indispensable. Sans Schuman et Monnet, pas d’Europe. Sans de Gaulle, pas de sursaut de la France en 1940, sans Churchill, pas de résistance héroïque au nazisme, sans Clemenceau, pas de sursaut national, sans Lincoln, pas d’Etats-Unis modernes pour ne prendre que quelques exemples. Et si les politiques mettaient autant d’énergie à s’attaquer aux défis du monde qu’à se faire élire, nous pourrions, sans doute, déplace des montagnes… A l’inverse, un pays qui n’ose pas, pire, qui renonce, ne doit pas se plaindre de sa malchance.

 

 

C’est dans cette optique qu’il nous faut une « France puissance ». Battons-nous pour demeurer un grand pays, non pas pour des rêves d’une « grandeur » surannée et sans aucun intérêt mais parce qu’un grand pays décide de son avenir, un grand pays décide de l’avenir du monde, un grand pays porte en lui une économie forte et des potentialités de développement. Mais, pour être un grand pays, il faut accepter les efforts. Sans efforts, nous deviendrons un pays sans voix, un pays résigné et nous remettrons notre destinée, notre présent et notre futur dans les mains des autres. Et pour demeurer ce grand pays, nous avons besoin de l’Europe qui seule peut nous garantir notre statut. Si l’Europe ne peut se faire sans la France , la France ne peut se développer sans l’Europe.

 

 

Alors, ne perdons pas de temps. La plus grande faute des gouvernants n’est pas d’agir mal mais de ne pas agir du tout. On ne pourra jamais reprocher à un leader d’avoir essayé honnêtement et de bonne foi mais on pourra lui en vouloir de son manque de courage politique.

 

 

Alexandre Vatimbella

 

par Alexandre Vatimbella publié dans : lafrancereconciliee
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Dimanche 2 octobre 2005

Le moral des Français est en berne. L’économie ne parvient pas à s’accrocher aux wagons de tête des pays développés et les prix élevés de l’énergie n’arrangent rien. Le chômage, bien qu’il ait un petit peu baissé ces derniers mois, reste encore à un niveau très élevé. La balance des paiements est de plus en plus déficitaire, proche des records historiques qu’elle devrait atteindre en 2006 (et la structure de nos exportations sur-représente les pays les plus pauvres, donc peu solvables, et ne parvient pas à renforcer ses positions vis-à-vis des pays développés et des pays émergeants comme la Chine et l’Inde). Le pays est peu innovant, une réalité structurelle, conséquence des choix économiques des années d’après-guerre qui permirent la réussite des trente glorieuses mais sont devenus, aujourd’hui, un lourd handicap. Faire des affaires en France, comme l’indique une étude de la Banque Mondiale , est bien moins sûr que dans la plupart des pays développés. Quant à la compétitivité, nous sommes, d’après une étude du World Economic Forum en trentième position, loin derrière la Finlande , les Etats-Unis, la Grande-Bretagne , l’Allemagne, etc. Les repères sociétaux et culturels sont de moins en moins solides (les Français ne croient plus en la capacité de la France a protéger sa culture selon un sondage du Pew Institute). L’école et surtout l’enseignement supérieur ont besoin de réformes. Et l’on pourrait sans doute continuer cette triste liste…

 

 

Devant de tels résultats qui sont autant de défis, les hommes politiques de tous bords ont trouvé la parade : il faut une bonne et grosse « rupture » ! Une bonne politique serait donc une politique de rupture. Et tout candidat sérieux à la future présidentielle de 2007 ou tout homme politique qui se respecte parle de rupture, qu’il soit de gauche, de droite ou du centre. On est là, bien entendu, dans le seul domaine de la communication et de la rhétorique. Car, le fond du problème est de réconcilier la France en s’attaquant aux problèmes avec des mesures efficaces. Que cela produise ou non une rupture semble anecdotique, une préoccupation de tribune.

 

 

D’autant que ce thème de la rupture est totalement inapproprié pour ce qui concerne le problème fondamental qui mine nos sociétés occidentales : la crise des valeurs. Nous entendons par « valeurs », les référents moraux à nos comportements (et non pas l’effectivité de ces valeurs à travers nos comportements qui a toujours été très éloignée de ces référents…). Il est assez commun d’expliquer que nous sommes dans un monde changeant où Dieu est mort (c’est-à-dire où un des référents principaux d’explication du monde a été remplacé par la toute puissance de l’individu), où l’individualisme se répand comme une traînée de poudre sans pour autant nous rendre heureux et sans nous rendre capable de maîtriser notre angoisse existentielle mais également nos peurs quotidiennes que certains positivistes attribuaient avec une certaine suffisance à nos croyances religieuses (autrefois nous avions peur qu’un cataclysme naturel détruise la planète, aujourd’hui nous craignons que l’être humain le fasse lui-même !).

 

 

Nous sommes donc dans l’ère du chacun pour soi avec des valeurs qui ne cimentent plus une vision du monde qui nous entoure. On entend beaucoup parler de « respect » ou de « solidarité », par exemple. Mais ces concepts éminemment humanistes sont malheureusement tournés prioritairement vers une revendication pour soi-même. La liberté est souvent confondue avec la licence et la nécessaire bataille pour la vie se voit diaboliser en un égoïsme suprême alors que c’est justement cette volonté de se complaire dans un confort que l’on croit définitivement acquis qui l’est. Cet autisme devant les réalités du monde actuel relève d’une vision étriquée et d’un égocentrisme dévastateur dont on peut prévoir que nous aurons à en payer le prix si nous ne décidons pas de nous réveiller de cette apathie.

 

 

Réconcilier la France , c’est donc la réconcilier tout d’abord avec ses valeurs : liberté, solidarité, tolérance, respect. Sur ce socle - où la personne est l’élément essentiel et incontournable, le sujet central indépassable - on pourra alors bâtir un projet politique avec une ambition, une France forte dans une Europe forte et capable d’affronter les défis de la globalisation et, surtout, de les relever pour le bien-être des citoyens. Il ne faut pas croire que l’on pourra faire l’économie de ce vaste débat sur les valeurs. Sans référents puissants, une société manque de ce ciment essentiel qui donne un sens à une aventure commune. Et sans ciment, l’édifice s’écroule…

 

 

Pour en revenir à l’action politique, la rupture signifierait donc que toute la politique actuellement menée est mauvaise et/ou que les bases sur lesquelles fonctionne la démocratie sont mauvaises et/ou que les règles de l’économie ne sont plus adéquates, etc. Or, rien ne le prouve. Avec des « vieilles » idées, de nombreux pays s’en sortent tout court ou, en tout cas, mieux que nous. Ce ne sont donc pas les concepts qui sont forcément mauvais mais plutôt la pratique qui en émanent. Ce ne sont pas les principes qu’il faut condamner mais leur interprétation.

 

 

A force de parler de « rupture », on accrédite la thèse des extrêmes qui, depuis des décennies, se battent pour détruire le système de la démocratie représentative et de l’économie de marché fondée sur la libre-entreprise, le tout accompagné d’un système de protection sociale (le « modèle français » en quelque sorte…). De l’extrême-droite à l’extrême-gauche, on jubile. On avait donc bien raison, se dit-on. Et comme toujours, ces partis extrémistes récupèrent les mécontents, d’autant qu’il vaut mieux toujours choisir l’original plutôt que la copie. Comme naguère Le Pen puis Laguiller, voilà que Besancenot monte dans les sondages. Certains y verront une société plus ouverte. D’autres, les réalistes, un phénomène inquiétant.

 

 

S’il semble étrange de devoir l’affirmer, la base de tout programme de renouveau, toute réconciliation de la France avec elle-même – après les valeurs -, c’est le régime représentatif, l’économie de marché, la libre-entreprise et un système de protection sociale. Ayant dit cela, tout reste à faire. Car la machine est grippée. Il faut donc appliquer une médecine qui la fasse redémarrer. Et là, les « vieilles » et les « nouvelles » idées doivent se donner la main pour une efficacité maximale.

 

 

Comment doit donc s’articuler un programme de gouvernement qui désire s’attaquer à la réalité, gérer un présent en pensant à l’avenir et prévoir l’avenir en construisant le présent ? Voyons quelques mesures parmi d’autres.

 

 

En matière économique, la priorité c’est évidemment la croissance. Car la croissance apporte l’emploi et non le contraire (même si un fort taux d’emploi permet à la croissance de se maintenir). Pour relancer l’économie française, la croissance à court et moyen terme est indispensable. Mais cela ne doit pas occulter le débat de fond sur le contenu de la croissance à long terme.

 

 

Pour que la croissance reparte, il faut que les entreprises possèdent des marges de manœuvres. Or celles-ci sont de plusieurs genres (une capacité plus importante de financement, une aptitude à l’innovation, une baisse des coûts par l’amélioration constante de la productivité, etc.). Tout cela suppose un marché du travail plus libre et plus flexible. Tout cela suppose des charges moins lourdes. Tout cela suppose un temps de travail hebdomadaire et une durée d’activité au cours de la vie plus étendus (plus il y a de gens qui travaillent plus ceux-ci créent de la valeur qui permet d’en employer encore plus et ainsi de suite). Mais, sans doute aussi, cela suppose une nouvelle définition du travail et, dans ce cadre, une nouvelle distribution de la richesse. Il n’est pas possible de déléguer de plus en plus de tâches à des bénévoles au sein d’associations, par exemple, tout en les excluant de la reconnaissance sociale liée au travail.

 

 

La croissance, dans une vision keynésienne de l’économie, c’est une forte participation de l’Etat par le biais de grands travaux, de subventions, etc. Si depuis longtemps l’Etat n’est plus neutre nulle part dans le monde, nous devons nous montrer prudent dans l’utilisation de l’outil Etat. Il ne faut pas que son intervention s’accompagne d’une limitation de la sphère marchande sans raison, ni d’une augmentation des prélèvements par le biais de l’impôt, des taxes et des prélèvements sociaux. La réponse d’un Etat qui intervient réside dans la mise en route de missions claires et ponctuelles à travers des structures efficaces. Celles-ci devraient être le plus souvent «  ad hoc », c’est-à-dire créées uniquement pour des missions spécifiques et disparaître par la suite. Cela permettrait de ne pas gonfler indéfiniment l’administration publique avec des fonctionnaires en nombre croissant et de nouvelles structures. Pour cela, il faut appliquer le plus possible des critères d’efficacité à l’action de l’Etat avec une évaluation permanente pour réaliser les ajustements nécessaires avant la bureaucratisation qui amène, à la fois, la pérennité de la structure et son inefficacité !

 

 

L’intervention de l’Etat doit être réelle dans l’innovation. Non pas qu’il fasse mieux que le privé ; mais la France est désormais tellement en retard dans ce domaine que seuls les pouvoirs publics peuvent donner l’impulsion nécessaire et entraîner les grandes entreprises nationales dans ce cercle vertueux de la recherche fondamentale qui aboutit à la recherche appliquée qui aboutit à la création de nouveaux produits et de nouvelles technologies qui permettent une croissance et l’investissement dans la recherche et le développement permettant à l’innovation de se maintenir à un niveau élevé. Si, malgré ses énormes déficits actuels, les Etats-Unis inspirent confiance c’est parce qu’ils sont le pays le plus innovant du monde. Et si la Chine fait peur, c’est tout autant par ses exportations que par sa capacité de plus en plus importante dans l’innovation. Bien sûr, l’effort dans l’innovation doit aussi se traduire par une politique plus cohérente et plus volontariste en matière d’enseignement supérieur.

 

 

En matière sociale, il faut ajuster les protections, c’est-à-dire qu’il faut revoir leur couverture et leurs bénéficiaires sur la base de deux critères : ce que l’on peut réellement payer (c’est-à-dire assurer aux citoyens) et introduire pour toutes les protections une progressivité de celles-ci au regard de la situation socio-économique des personnes. En clair, l’assurance maladie universelle doit être dégressive plus on gagne d’argent. Mais, en même temps, il faut limiter son accès gratuit, même pour les plus démunis, aux soins de base sauf pour certaines pathologies chroniques. Ce n’est pas une régression mais un ajustement nécessaire conjoncturel, donc qui pourrait être revu si la situation économique et démographique s’améliore durablement. Car ce principe fonctionne aussi en sens inverse. En cas de croissance retrouvée et de résorption des déficits, les protections peuvent être étendues.

 

 

En matière institutionnelle, il faut montrer aux citoyens que leurs représentants servent à quelque chose. Or, aujourd’hui, le sentiment est que le Président de la République et son gouvernement sont les seules autorités qui prennent des décisions. Dès lors, les représentants du peuple sont discrédités. D’autant que le mode d’élection empêche de nombreux courants politiques d’être représentés à l’Assemblée Nationale. Il faut donc introduire de la proportionnelle aux élections législatives. Il faut redonner du pouvoir législatif aux députés. Il faut continuer la décentralisation mais en l’accompagnant d’une véritable démocratisation des échelons régionaux, départementaux et locaux. C’est là que certains éléments de démocratie directe sont les plus efficaces.

 

 

Le thème de la rupture cache une réalité : les solutions existent mais elles sont politiquement suicidaires, donc il vaut mieux disserter sur le thème de la rupture salvatrice que de s’attaquer aux problèmes. En clair, on sait ce qu’il faut faire mais aucun homme politique n’aura le courage de le dire et encore moins de le faire au risque de se suicider politiquement. Travailler plus, gagner moins, ajuster les protections sociales, gaspiller moins, protéger l’environnement, les mesures à prendre existent. Mais elles sont actuellement politiquement inapplicables parce que le politique a refusé de prendre ses responsabilités face à la population qui vit encore dans l’illusion d’acquis éternels en matière de niveau de vie et de protection sociale alors que l’histoire de l’humanité nous enseigne qu’il n’en existe pas et qu’il n’en existera jamais. Dès lors, il est essentiel de se battre pour que le courage politique devienne une vertu consacrée par les citoyens. Car, peu ou prou, ces derniers devront le reconnaître devant les défis qui se présentent. Sauf à choisir des chemins dangereux…

 

 

Alexandre Vatimbella

 

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Jeudi 25 août 2005

La Réconciliation de la France avec elle-même passe par la confiance que les Français doivent avoir en eux-mêmes. Cette affirmation n’est pas un énième slogan politique creux. La confiance n’est pas un mot vide de sens, ni un état d’esprit sans conséquence. Quand la confiance est là, un peuple ose, il entreprend. Quand elle est absente, il hésite, il renonce. Mais pour être confiant, il faut savoir où l’on va et, surtout, où l’on veut aller. Aujourd’hui, la France le sait-elle ?...

 

 

Un récent sondage du Pew Institute, organisme privé américain semble malheureusement donner une réponse négative à cette interrogation. Ses résultats montrent que les peuples les plus angoissés face à la globalisation sont les Américains ainsi que les Européens et, surtout, les Français qui arrivent en tête des peuples les plus angoissés. Dans ce même sondage, les Français estiment, comme tous les autres peuples du monde, que leur culture est particulièrement menacée et ils souhaitent que des mesures soient prises pour la protéger. Cependant, ces mêmes Français sont le peuple le moins confiant dans la suprématie de sa culture… Viennent ensuite tous les autres Européens. Un état d’âme qui ne touche pas encore les Américains et pas du tout les Asiatiques et les Africains qui demeurent absolument convaincus de la supériorité de leurs cultures respectives. Les résultats de cette foi en soi-même se voient tous les jours pour les pays du continent asiatique et pour les Américains (mais, c’est vrai, pas pour les Africains).

 

 

Qu’est-ce donc que la confiance d’un peuple en lui-même ? C’est à la fois être sans peur et être assuré de ses possibilités. La confiance est donc un élément primordial du développement et de la stabilité d’une société. Calculée par de multiples sondages et indicateurs (la confiance des consommateurs, la confiance des chef d’entreprise, etc.), elle permet la prise de risques et crée une volonté collective. La crise de confiance, en revanche, est souvent à la fois une cause et une conséquence. Conséquence d’une situation économique ou sociale difficile, cause d’une incapacité à relancer une dynamique. Retrouver la confiance est donc aussi important qu’innover, produire, commercer…

 

 

La confiance c’est aussi savoir, non pas où l’on va aller à coup sûr, ce qui est impossible, mais où l’on veut aller, ce que l’on veut vivre, ce que l’on veut construire, se battre pour un objectif présent et un but futur. Alors, mécaniquement, la volonté et l’envie reviennent. La confiance nourrit la confiance. Actuellement, devant des réalités que l’on nous présente comme venant de l’extérieur, le peuple français hésite et semble incapable de porter un projet de société. Or, ces réalités ne sont pas venues d’un monde hostile mais d’un monde que nous avons nous-mêmes aidé à construire (la mondialisation est une création européenne du début du XX° siècle avec l’explosion du commerce international et la colonisation de l’Afrique et de l’Asie). Et le développement de ce monde, aussi imparfait soit-il, doit nous permette de l’améliorer et, en conséquence, d’améliorer notre existence. La globalisation est une chance tout comme la mondialisation des politiques environnementales. Elle peut aider à vaincre la pauvreté et à combattre la violence. Cependant, rien ne nous empêche de cultiver, dans cet univers de plus en plus interdépendant, notre différence en tant que Français et Européens.

 

 

A quoi sert cette confiance ?

 

La confiance sert à garder notre place au soleil. Comme le rappelle l’universitaire américain William Pfaff, la confiance en soi de l’Occident est une des raisons majeures de la réussite de la colonisation : « Par bien des aspects capitaux, la conquête de l’Asie et de l’Afrique par l’Occident fut une conquête intellectuelle et morale. (…) La subjugation morale du monde non européen à l’Occident est encore plus saisissante lorsque l’on se souvient qu’à l’origine, l’avantage technologique et organisationnel des conquérants occidentaux était fort mince, si même il existait. » Et d’expliquer qu’au moment de la colonisation de l’Indochine, la France ne possédait pas l’avance technologique et militaire qu’elle avait acquise lorsqu’elle fut battue par ces mêmes Vietnamiens un siècle plus tard… « La différence capitale, écrit-il, est que dans les années 1850, les Vietnamiens avaient obscurément senti qu’ils allaient perdre, tandis que l’envahisseur était persuadé que son destin était de conquérir, de convertir et de civiliser. »

 

 

Et cette place va être de plus en plus difficile à garder. Pour preuve, voici une nouvelle qui n’a pas fait les gros titres des médias mais qui est pourtant fondamentale : les Etats-Unis – malgré leurs divergences et leurs craintes - souhaitent créer des relations privilégiées avec la Chine et l’Inde dans l’optique de créer un sorte de « Club des Trois ». Pourquoi un tel club ? En 2050, selon certains économistes, la Chine sera la première puissance économique mondiale, suivie de près par les Etats-Unis puis, loin derrière, l’Inde. Si ce scénario semble un peu « idéalisé » (les économistes sérieux montrent que le PIB chinois est encore très loin de pouvoir rivaliser avec celui des Etats-Unis et que l’écart entre le revenu par habitant des deux pays est, lui, encore plus important), il marque la volonté des trois parties (avec, notamment, comme illustration la multiplication des voyages officiels entre les responsables de ces trois pays les uns chez les autres et inversement) de créer une sorte de troïka afin de régenter le monde. Il y a quelques mois, déjà, le premier ministre indien avait déclaré lors de la visite de son homologue chinois que les deux pays en s’alliant seraient dans les années qui viennent la première puissance mondiale. « Ensemble, l’Inde et la Chine peuvent redessiner l’ordre du monde » avait alors déclaré Manmohan Singh.

 

 

Au-delà de la réalité de cette affirmation, il faut bien comprendre qu’il s’agit de la volonté de le devenir et de peser, voire de contrôler, le monde. Rien de très normal pour des pays de cette grandeur et qui ont chacun des histoires impériales. Pour nous, une question se pose alors naturellement : quid de l’Europe, absente de cette troïka mondiale ? Apparemment, ni les Américains, ni les Chinois, ni les Indiens ne semblent prêts à nous inclure dans un quelconque quatuor, à nous garder notre place au soleil. Sans doute pensent-ils que l’Europe a montré son incapacité à devenir une « puissance », terme par ailleurs exécré par beaucoup de pays de l’Union européenne et, évidemment, par tous les nationalistes. Surtout, ils estiment que les Européens n’ont plus l’envie et l’esprit pour relever les défis qui se présentent à l’humanité. Non seulement ils ont rangé leur transat mais ils ont ouvert leur parapluie !

 

 

Et ils n’ont peut-être pas tort… L’envie et l’esprit peuvent revenir si nous installons à nouveau la confiance. Comme le dit le Premier ministre suédois, Goran Persson – dont le pays est en pleine croissance -, « L’Europe a un déficit de confiance en elle-même vis-à-vis des Etats-Unis ». Et cette différence de mentalité se traduit immédiatement en termes de croissance économique et de domination mondiale.

 

 

On voit bien que la confiance d’un peuple est primordiale ainsi qu’une direction, le tout soutenu par des valeurs communes. La « crise des valeurs » n’est pas seulement due aux difficultés économiques. Elle vient aussi de l’absence d’une confiance elle-même alimentée par les difficultés économiques…

 

 

En refusant la Constitution européenne, nous avons déjà montré une inquiétante faiblesse dans notre volonté de construire un avenir maîtrisable. Il est donc urgent de trouver un moteur à notre confiance, qu’il soit français ou européen. Un peuple qui ne sait pas où il va, ne va nulle part…

 

 

Alexandre Vatimbella

 

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