Vendredi 9 novembre 2007

Il y a ceux qui pensent qu’il faudrait plus de liberté et de responsabilité car ils veulent que tout individu puisse prendre le maximum de décisions concernant sa vie en pleine responsabilité. Et ils ont raison. Il y a ceux qui pensent qu’il faudrait plus de solidarité car ils demandent à ce que les plus faibles soient aidés ainsi que ceux qui connaissent des problèmes à un moment difficile de leur existence. Et ils ont raison. Il y a ceux qui veulent plus d’équité et de méritocratie car ils pensent qu’il faut récompenser ceux qui veulent réussir quel que soit leur origine sociale. Et ils ont raison. Il y a ceux qui veulent plus d’égalité car ils pensent qu’il faut donner la même chance à tout le monde au départ. Et ils ont raison. Il y a ceux qui estiment que l’économie doit être totalement ouverte pour permettre la croissance et l’innovation. Et ils ont raison. Il y a ceux qui estiment que l’on doit protéger certains secteurs vitaux pour une société. Et ils ont raison. Et l’on pourrait continuer cette énumération des contraires encore longtemps.

 

 

Oui, tout le monde a raison. Car les choses ne sont jamais blanches ou noires. Tout le monde a raison parce que les situations sont souvent complexes. Tout le monde a raison parce qu’à côté de la raison, il y a le cœur et inversement. Tout le monde à raison parce qu’à côté de l’individu-roi, il y a la société-refuge.

 

 

Mais, comme dans tous ces paradoxes, si tout le monde a raison, c’est que tout le monde a tort. Car, aucune de ces affirmations sans l’autre n’est raisonnable. C’est de par leur mixité qu’elles acquièrent ce côté raisonnable, ce côté central – c’est-à-dire éloigné des extrêmes – qui les rend valides.

 

 

De même, tout le monde ne peut pas avoir raison en même temps. D’où le rôle éminemment important du politique et du choix politique. Car la politique est l’art de prendre des décisions suivant les circonstances. Et la meilleure politique c’est celle qui prend pragmatiquement les bonnes décisions au bon moment dans une vision de juste équilibre. C’est ici que la raison a le dernier mot.

 

 

Si nous devons obligatoirement faire des choix pour construire une politique efficace, il n’en reste pas moins qu’il ne faut pas oublier les options qui ne seront pas prises en compte pour la mener, sachant qu’elles sont tout aussi légitimes que celles retenues mais pas efficaces pour mener une bonne politique à une époque donnée.

 

 

Car, dans la durée c’est bien vers l’équilibre que tout doit tendre parce que nous devons construire une société harmonieuse où comme le dit un proverbe de la dynastie des Tang, « L'harmonie est nécessaire pour la prospérité des choses, l'uniformité au contraire entrave toute création. L'harmonie consiste en l'unité des différences. C'est seulement lorsque cette unité existe que les choses peuvent prospérer et qu'un souverain en tire avantage. À l'inverse, la simple accumulation des choses toutes identiques ne mène à rien. »

 

 

Se trouver au milieu , c’est-à-dire loin des extrêmes, ce qui représente la meilleure position politique possible pour les Chinois, c’est à la fois prendre en compte toutes les opinions, tenter de concilier le maximum d’intérêts divergents mais aussi prendre des décisions.

 

 

Toutes les bonnes raisons doivent se fondre dans la raison et celle-ci prend appui sur le réel.

 

 

Alexandre Vatimbella

 

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Jeudi 13 septembre 2007

« Désormais, les décideurs politiques font tout pour comprendre ce qui rend les gens heureux et comment ils peuvent y contribuer, écrit Newsweek (1). Des pays aussi différents que le Bhoutan, l’Australie, la Chine , la Thaïlande et le Royaume-Uni élaborent des « indices du bonheur » afin de les utiliser conjointement au PIB pour mesurer le progrès de la société. » Cette nouvelle mode politique pose malgré tout un sérieux problème selon le magazine américain : « Peu importe que les principaux spécialistes internationaux du domaine se soient demandé lors d’une conférence si le bonheur était mesurable »…

 

Le bonheur est tout sauf une idée nouvelle. L’idée que le bonheur est la pierre angulaire de tout désir humain vient d’une constatation a priori simple des premiers philosophes. Ainsi si l’on demande à l’être humain ce qu’il veut, il répondra, « Mon bonheur et celui des gens que j’aime ». Personne ne déclarera « Je cherche le malheur », c’est-à-dire le contraire de ce que je considère être ce que je désire. Cependant, cette constatation doit être immédiatement tempérée par une autre. En effet, si l’on demande à l’être humain si ce qu’il espère obtenir sur Terre est un état parfait de plénitude, il répondra par la négative en indiquant qu’il cherche « simplement » le mieux qu’il puisse obtenir de cette vie. De ce fait, il indique qu’il ne croit pas au bonheur tel qu’il est défini par la philosophie et qu’il connaît plus ou moins les réalités de la vie. De ce point de vue, l’être humain adopte une vision raisonnable de la vie. Néanmoins, il estime également – largement conditionné par les idéologies dominantes - que le mieux peut être toujours amélioré qualitativement et quantitativement. D’où la résurgence du concept de bonheur absolu (Attention, il ne faut pas confondre le bonheur, état d’une durée infinie et des instants de joie que certains ont tendance à qualifier d’instants de bonheur. Par définition, le bonheur ne peut pas être une séquence temporelle définie).

 

C’est Aristote qui fait du bonheur le centre de la recherche existentielle de tout individu. Mais cela demeure une quête individuelle. Puis, le XVIII° siècle a ajouté deux éléments déterminants au bonheur en le faisant passer de ce caractère strictement individuel à un caractère collectif et en lui donnant un aspect essentiellement (mais pas uniquement) matériel. La Révolution française accentuera ce passage de l’individuel au collectif.

 

Ainsi, les textes fondateurs de deux des principaux systèmes politiques en vigueur dans cette première partie du XXI° siècle font expressément références au bonheur. C’est d’abord le cas de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, en France, toujours en vigueur dans la Constitution de la V ° République, qui parle du « bonheur de tous » ( La Constitution de 1793 allait plus loin puisque son préambule contenait l’affirmation suivante : « (...) Afin que le peuple ait toujours devant les yeux les bases de sa liberté et de son bonheur... » et, surtout, son article premier était libellé comme suit : « Le but de la société est le bonheur commun »). De même, la déclaration d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique affirme très clairement que, parmi « les droits inaliénables » de l’homme, se trouve « la recherche du bonheur ». Et le gouvernement américain doit garantir ce droit au bonheur pour être un gouvernement respecté.

 

Même si le bonheur a investit le champ politique stricto sensu, il reste néanmoins et avant tout un état individuel, notamment pour l’ensemble des idéologies modernes dominantes (issues massivement des révolutions libérales américaines et françaises ainsi que des théories des philosophes qui ont été leurs inspirateurs). Ce que ces régimes politiques affirment pouvoir offrir sont les conditions à son accomplissement. Mais cela revient au même. Offrir les conditions d’accomplissement du bonheur, c’est reconnaître que le bonheur existe, c’est proposer le bonheur comme but à atteindre.

 

La « redécouverte » du bonheur aujourd’hui par de nombreux économistes relayés par des psychologues et des philosophes n’apporte rien de nouveau sauf que celui-ci est appelé à la rescousse pour être une valeur alternative au PIB, à cet indicateur qui mesure la richesse, l’accumulation matérialiste qui est devenue le paradigme de nos sociétés. En même temps, les économistes redécouvrent l’utilitarisme de Jeremy Bentham ainsi que l’individu n’est pas uniquement mû par une volonté d’accumulation de biens extérieurs mais aussi par une recherche d’une vie meilleure qui ne passe pas que par des critères économiques. Tout d’un coup, on redécouvre également que la nature du capitalisme, pour pouvoir vivre et se développer, est de constamment susciter des envies matérielles auprès des individus sans se préoccuper si cela leur apporte le moindre contentement profond. Et l’on se rappelle que le marketing est une idée inventée par le gendre de Freud dans les années trente aux Etats-Unis afin d’optimiser les ventes par la création de désirs artificiels au moment où les industriels se demandaient comment ils allaient faire pour écouler leurs productions de masse à l’heure du taylorisme (n’oublions pas que Henry Ford préconisait des salaires élevés pour tous afin de faire tourner la machine industrielle et celle des profits).

 

Depuis une décennie, les travaux « scientifiques » se sont multipliés et les études – avec chacune leurs propres critères – tentent de dire qui est heureux et qui ne l’est pas. Ainsi, certains « chercheurs du bonheur » sont parvenus à situer l’endroit le plus heureux de la Terre  ! Ce serait la petite ville danoise de Ringkøbing… De même, l’homme le plus heureux de la planète serait, grâce à l’étude de son cerveau par des neurobiologistes, le moine bouddhiste français Matthieu Ricard, fils de Jean-François Revel… Et, selon que l’on prend les critères qui les arrangent, les auteurs placent les gens les plus heureux au Danemark ou au Vanuatu ! Fermez le ban.

 

Fort bien. Mais le bonheur peut-il être cette recherche alternative au matérialisme ? La réponse est négative. D’une part parce que le bonheur coexiste sans aucun problème avec le matérialisme depuis près d’un siècle voire plus. D’autre part parce ce qu’il faudrait savoir ce qu’est le bonheur. Au-delà de la définition d’un état de plénitude constant et infini qui n’est guère atteignable, il est aussi perçu de manière différente par chaque individu pour qui le bonheur personnel correspond à des critères et des sensations à la fois propres et mouvantes comme le montre l’idée que c’est toujours par rapport à l’autre que l’on se positionne pour savoir si notre vie est meilleure qu’auparavant ou s’améliore (c’est la différence de niveau de vie avec son voisin qui est le critère primordial plutôt que l’amélioration objective de notre condition matérielle). Ecoutons Kant à ce sujet : « Le concept du bonheur est un concept si indéterminé, que, malgré le désir qu’à tout homme d’arriver à être heureux, personne ne peut jamais dire en termes précis et cohérents ce que véritablement il désire et il veut. La raison en est que tous les éléments qui font partie du concept du bonheur sont dans leur ensemble empiriques, c’est-à-dire qu’ils doivent être empruntés à l’expérience; et que cependant pour l’idée du bonheur un tout absolu, un maximum de bien-être dans mon état présent et dans toute ma condition future, est nécessaire. Or, il est impossible qu’un être fini, si perspicace et en même temps si puissant qu’on le suppose, se fasse un concept déterminé de ce qu’il veut ici véritablement. (...) Il n’y a donc pas à cet égard d’impératif qui puisse commander au sens strict du mot, de faire ce qui rend heureux, parce que le bonheur est un idéal, non de la raison, mais de l’imagination, fondé uniquement sur des principes empiriques, dont on attendrait vainement qu’ils puissent déterminer une action par laquelle serait atteinte la totalité d’une série de conséquences en réalité infinie... »

 

Mais, même si le bonheur pouvait exister et pouvait réellement être mesuré, il serait plus dangereux qu’autre chose comme ciment social. En effet, il s’agit d’une notion fondamentalement égoïste, qui ne fait qu’opposer les êtres humains entre eux, la recherche du bonheur se faisant contre celle de l’autre et ce bonheur se bâtissant inexorablement sur le malheur d’un autre. Une société où la possibilité d’acquérir le bonheur existerait, serait infiniment violente. La recherche du bonheur est une des raisons de l’individualisation grandissante de nos sociétés développées. Chacun pour soi et le bonheur en plus pour les plus forts. En matière d’utopie, la véritable valeur ciment social absolu et sans rapports conflictuels entre les individus c’est l’amour, c’est-à-dire le respect, la tolérance et la solidarité partagés. On ne partage pas son bonheur, on partage son amour. La joie et le bien-être propre à la vie dans l’amour sont bien plus forts que de vivre dans la recherche du bonheur, cette recherche, encore une fois, étant une quête sans fin.

 

Le bonheur n’est pas donc un indice pertinent pour calculer l’état de développement et de progrès d’une société. En revanche, le « bien être général », notion développée par certains économistes, est un indice beaucoup plus intéressant car il permet de mesurer des états de satisfaction beaucoup plus concrets, une « qualité de la vie ». Celui-ci a été défini récemment par le leader du parti conservateur britannique, David Cameron : « Nous devons désormais consacrer toute notre énergie au BEG, le bien-être général (« general well-being ». Cela implique de reconnaître les facteurs sociaux, culturels, moraux qui donnent un vrai sens à nos vies. Cela implique, en particulier, d’assurer un environnement durable et de bâtir des sociétés plus fortes. Et, oui, cela implique d’admettre que l’argent n’est pas tout et que la qualité de la vie est plus importante que la quantité d’argent ».

 

Bien entendu, on comprend que cet indice doit être affiné pour rendre compte d’une meilleure qualité de la vie d’autant que cette qualité est souvent dépendante du revenu des individus ou d’une société… De plus, diaboliser l’argent – qui est une posture assez systématique des défenseurs du bonheur - est une drôle d’entreprise car celui-ci n’est qu’un moyen d’échange mis en place lorsque la spécialisation des individus et des sociétés a permis un essor dont nous bénéficions encore largement aujourd’hui. Il suffit seulement de remettre l’argent à sa place comme moyen et non comme fin. Reste que l’idée de David Cameron que « le bien-être général pourrait être le concept politique déterminant du XXI° siècle » est à creuser. Car si cette prédiction se révélait exacte, on reviendrait ainsi à des sociétés qui se préoccuperaient plus de leur lien social que leur accumulation matérielle. On peut rêver !

 

 

 

Alexandre Vatimbella

 

 

(1) De Londres à Pékin, l’idée du bonheur fait son chemin par Rana Foroohar, Newsweek 2007

 

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Lundi 13 août 2007

 

Nous avons élu un président de la république qui se présente comme un volontariste, un président qui souhaite bouleverser les habitudes des Français, sans chichis, pour permettre au pays de s’adapter aux défis d’aujourd’hui et de demain, tant ceux de la mondialisation que des problèmes écologiques. Voilà déjà qui nous change des deux dernières présidences, tout au moins au niveau du discours puisque, évidemment, le temps de l’action est encore beaucoup trop courte pour analyser l’application concrète de cette profession de foi qui est constamment rappelée par son auteur.

 

 

La présence, à la tête de l’Etat, d’un tel homme politique va-t-elle, peut-elle aboutir à un changement en profondeur ou tout ceci n’est-il que pure rhétorique ? Cela peut-il changer en profondeur la société française ?

 

 

Avant tout, il faudrait définir ce qu’est exactement le volontarisme car dans une acceptation large, on pourrait dire que tout home politique est volontariste puisqu’il défend des idées qu’il désire mettre en pratique et que, sans faire de procès d’intention, il croit à son combat pour les imposer. Dans le même ordre d’idée, tout programme d’un parti est volontariste. Néanmoins, le volontarisme se situe à un autre niveau. Il s’agit, en quelque sorte, non seulement, de s’attaquer aux habitudes en place mais, en plus, de demander à la réalité de se plier à une vision politique, vision politique que le volontariste estime non seulement juste mais, en quelque sorte, visionnaire.

 

 

De ce point de vue, le volontarisme peut apparaître comme une supercherie, voire comme un danger. Changer la réalité est, soit une pure fiction, soit un jeu dangereux qui peut aboutir à des crises. Car, comme le rappelle le dictionnaire Larousse, le volontarisme est « une attitude que quelqu’un qui pense modifier le cours des événements par la seule volonté » avec « primauté à la volonté sur l’intelligence et à l’action sur la pensée intellectuelle ».

 

 

Comme souvent, les réponses se trouvent dans l’histoire. Nicolas Sarkozy n’est pas le premier volontarisme de la politique et, en particulier, de la politique française. De grands hommes d’Etat ont été labellisés comme volontaristes. Que l’on songe à Armand Duplessis duc de Richelieu, Napoléon Bonaparte, Charles De Gaulle, du côté français. Que l’on songe au « chancelier de fer »,  Otto Von Bismarck, Théodore Roosevelt, Winston Churchill, Michael Gorbatchev dans le monde. Sans oublier Margaret Thatcher, Ronald Reagan ou, plus près de nous, Tony Blair. Toutes ces personnalités, dont nous ne sommes pas en train de juger les idées politiques ont voulu « changer la donne ». Sans oublier, ceux qui, en tant que volontaristes ont entraîné leurs pays et le monde dans des aventures criminelles et à la ruine comme Hitler, Mussolini ou Lénine.

 

 

Le passage à la tête de l’Etat de tous ces politiques ont modifié les choses au cours de l’exercice de leur pouvoir. Mais, sur le long terme, celles-ci ont-elles été profondément modifiées ? Il est évident que la réponse ne peut être faite pour un Tony Blair ou un Michael Gorbatchev. Mais pour Richelieu qui voulait que la France soit un pays uni, pour Théodore Roosevelt qui voulait éliminé la gangrène de la corruption aux Etats-Unis, pour Margaret Thatcher qui voulait que la Grande Bretagne redevienne un pays libéral, pour Charles de Gaulle qui voulait redonner à la France son rayonnement d’antan, quel est la bilan ? Il est mitigé même s’il a montré qu’une volonté doublée d’une forte conviction et d’un pouvoir de convaincre pouvaient faire évoluer les situations.

 

 

Sachant que ni Margaret Thatcher, ni Ronald Reagan, par exemple, n’ont changé les sociétés britanniques et américaines en profondeur malgré leur force de conviction et quelques succès indéniables, on découvre rapidement que le volontarisme peut n’être qu’une incantation. Cependant, les présidents volontaristes comme Théodore Roosevelt aux Etats-Unis ou Charles de Gaulle en France ont été des fers de lance du changement, le premier en luttant contre la corruption à tous les niveaux de la société américaine, notamment sur la mainmise des trusts sur l’économie, et le second en relevant l’identité nationale mise à mal durant la seconde guerre mondiale. Dès lors, il semble que le volontarisme donne ses meilleurs résultats dans les périodes de crise aigüe ou de bouleversement important dans une société fragilisée.

 

 

De son côté, le nouveau président le république, Nicolas Sarkozy, nous propose un nouveau volontariste pour changer la France et la mettre de plein pied dans le XXI° siècle. A-t-il une chance de réussir et cela permettra-t-il de réconcilier les Français avec eux-mêmes, leur pays, l’Europe et le monde ? Il est beaucoup trop tôt pour répondre comme nous l’avons dit plus haut. Néanmoins, il possède quelques atouts pour pouvoir réussir dans son entreprise. Et un des plus importants est que la société française semble prête à accepter une dose de changement radical. Quelle dose ? Seul l’avenir nous le dira. Un autre indice positif est sa capacité à avoir réuni autour de lui des politiques venant d’horizons divers ce qui semblerait démontrer que sa vision rencontre un fort écho positif chez les décideurs.

 

 

Quant à nous, nous croyons à un « volontarisme modéré ». Celui-ci port un nom, le Centrisme. S’il reconnaît l’importance de la volonté individuelle et s’il fait le « pari de l’humain » à l’instar de Confucius, il est aussi ancré dans la réalité et celle-ci n’est pas malléable à l’infini comme voudrait le faire croire certains politiques. Car le volontarisme ne doit pas être confondu avec l’incantation, méthode très à la mode dans le monde politique. Il ne suffit pas de dire ou d’affirmer pour que les choses changent. Il ne suffit pas non plus de décisions mais il faut que celles-ci correspondent à une situation même si c’est pour la modifier ou la changer en profondeur.

 

 

Personne ne nie l’existence d’êtres exceptionnels et leur capacité à engendrer le changement. Mais il faudrait être bien naïf pour penser qu’une seule personne peut changer une société qui n’y serait pas consentante. Et ce consentement est aussi une affaire de consensus que l’on recherche constamment et qui est fait d’allers-retours entre la société dite « civile » et le monde politique. La fameuse alternative entre s’adapter au monde qui nous entoure ou l’adapter à soi n’est guère pertinente. Car, c’est bien avec un mélange des deux que l’on obtient les meilleurs résultats. Au risque de froisser quelques égos surdimensionnés…

 

 

Ce dont nous avons besoin, pour réconcilier les Français avec leur pays et l’avenir, pour les réconcilier avec la politique, est un président qui prend toute la dimension, à la fois, des défis du XXI° siècle et de la réalité de la société française, économique, social et sociétale pour proposer un vrai contrat politique, c’est-à-dire des buts qui ramènent au concret, à la vie quotidienne de nos concitoyens. Dans cette optique, le volontarisme peut être un atout mais, s’il est débridé, un vrai risque.

 

 

Alexandre Vatimbella

 

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Dimanche 17 juin 2007

De nombreux intellectuels, philosophes, sociologues et politologues, observateurs avertis de la société française, sont inquiets, voire très inquiets. L’objet de leurs craintes : que le lent processus de délitement du lien social qui a pris racine dans le XVIII° siècle des Lumières suite à la promotion de l’individu roi, concept qui est réellement devenu hégémonique dans la deuxième partie du XX° siècle, ne parvienne bientôt à son point final, le coup de grâce ayant été donné par la  rapide montée en puissance, lors de la fin du XX° siècle et du début du XXI°, des multiples revendications identitaires provenant de groupes ethniques, religieux, sociaux, etc.

 

Ce mouvement que l’on observe depuis une vingtaine d’années, n’est qu’un avatar de l’individualisme roi et, en même temps, une réaction à celui-ci. Il a été à l’origine de la création de multiples groupes restreints – ce qui démontre a contrario le besoin indispensable de l’être humain d’appartenir à  une communauté - où se retrouvent un certain nombre de personnes qui partagent des intérêts communs, voire des valeurs communes, et qui réclament à la société la mise en place de règles particulières en leur faveur quand ce n’est pas des changements de règles générales tout court. Exemple caricatural de cette atomisation de la collectivité générale en communautés véhiculant autant de visions autocentrées de la vie, la revendication, en Grande Bretagne, par des groupes de musulmans vivant dans des quartiers de Londres où ces derniers sont majoritaires d’une instauration de la charia, la loi islamique.

 

Au-delà de cet exemple extrême mais pas isolé, ces observateurs estiment que nous sommes dans une tourmente et à la veille d’une déflagration sociale majeure. Certains demeurent optimistes quant à la capacité de la France de (re)constuire un « vivre ensemble ». D’autres, plus pessimistes, demandent que l’Etat prenne ses « responsabilités » et agisse avec la fermeté nécessaire.

 

Quel est ce danger ? C’est ce que l’on a appelé le « communautarisme » assez improprement et qui est plutôt la scission de la société en d’innombrables « tribus » qui se sont constituées et qui continuent à se constituer sur des bases d’intérêts communs antinomiques les uns avec les autres et, souvent, antinomiques avec la règle générale.

 

Ces chocs ne sont pas encore toujours frontaux mais ils sont voués à le devenir de plus en plus. Pour éviter qu’ils le deviennent, il nous faut absolument refonder notre « vivre ensemble » en inventant un nouveau lien social qui englobera toutes les éthiques communautaires tout en les dépassant dans une vision humaniste, c’est-à-dire de liberté et de tolérance, seule capable de respecter l’humain dans toute sa diversité. Synthétiquement, il faut réinvestir le « vivre ensemble » en assignant un cadre général contraignant à ces éthiques communautaires au-delà duquel elles ne peuvent déroger aux règles de la vie en commun.

 

Concrètement, le politique peut-il réussir dans cette tâche si importante et si délicate ? Et doit-il choisir la voie du compromis ou de la fermeté ? Le consensus doit être évidemment privilégié mais il ne doit pas non plus être le seul mécanisme pour fonder ce nouvel « vivre ensemble ». Car la restructuration d’une communauté comme la France nécessite d’établir des bases fortes qui ne peuvent être que celles qui sont porteuses des valeurs de la culture française au sens large, notamment d’une culture démocratique issue largement d’une vision judéo-chrétienne modelée au cours des siècles. Ainsi, la liberté de pensée, la liberté de parole et la liberté d’agir dans le respect d’autrui ne sont pas négociables sauf à changer de système politique. L’égalité de condition et l’équité dans la reconnaissance de ceux qui entreprennent ne le sont pas non plus.

 

Mais ce serait trop simple de rappeler l’intransigeance qu’une démocratie doit avoir vis-à-vis de ces principes sans s’interroger si ce n’est pas, justement, leur absence qui a créé cette montée des éthiques communautaires. Ainsi, la société doit également porter un regard critique sur ses pratiques et se remettre à l’ouvrage pour appliquer effectivement les règles non négociables de son vivre ensemble. C’est aussi dans sa fidélité à ses principes qu’une société peut demander à ses membres de les respecter. Reste qu’in fine, quelque soit le contexte et les erreurs de la société, il ne peut y avoir de « dérogations » données à certains afin de s’émanciper des règles et des principes qui constituent le ciment social. Car une civilisation qui se morcelle est une civilisation qui s’affaiblit par ses fondations avant de s’effondrer. C’est une leçon de l’histoire que connaissent d’ailleurs très bien beaucoup de ceux qui demandent ces dérogations…

 

Alexandre Vatimbella

 

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Mercredi 16 mai 2007

Or donc tout le monde est au centre et même du Centre ! La mode est au centre qui, paraît-il, n’est qu’une illusion. En tout cas, une illusion bien lucrative politiquement ces derniers temps. Après François Bayrou puis les dissidents de l’UDF, après Nicolas Sarkozy et son « pôle centriste » de la majorité présidentielle, après François Hollande qui veut fonder un parti « allant jusqu’au centre », c’est au tour des radicaux, qui ne sont pas à un opportunisme près, de vouloir créer un « parti radical au centre ». N’en jetez plus ! Cette mode est comme celle de planter les choux, chacun le fait à sa propre mode…

 

On pourrait s’en réjouir de voir le Centre au… centre de toutes les attentions. Ou, devant cette vision dérisoire de la fameuse « politique politicienne » on pourrait rire de tous ces opportunistes qui flairent le bon coup. Mais, c’est plutôt l’inquiétude qui prédomine. A la fois pour le Centre et pour la démocratie et cette réconciliation si nécessaire des Français avec la politique qui pourtant avait l’air de s’ébaucher ces derniers temps comme l’ont montré les taux de participation aux deux tours des présidentielles ainsi que les taux d’audience audiovisuelles au cours de la campagne qui les a précédées.

 

Le danger, pour le Centre, tout le monde le comprend, est que, à nouveau, celui-ci n’apparaisse que comme un espace d’opportunisme que l’on investit pour faire alliance avec le plus fort et se voir distribuer quelques miettes ministérielles par ce dernier. Dès lors, la pensée centriste retourne aux oubliettes à la grande joie de la Droite et de la Gauche. Ce danger a été présent de nombreuses années sous les III° et IV° Républiques où, à côté d’hommes sincèrement du Centre comme Aristide Briand, n’en déplaisent à ses détracteurs, il y avait des carriéristes qui naviguaient, au gré du courant majoritaire dans les eaux troubles des ralliements intéressés. Dès lors le Centriste devenait inévitablement l’opportuniste que l’on pouvait appâté et dont le reniement n’était qu’une question de temps. Une vision qui a fait terriblement du mal au Centrisme. Car, nous ne le rediront jamais assez, le Centrisme est une vraie pensée politique, une vraie politique alternative et non une chimère et une salle d’attente pour politiciens en mal de maroquins.

 

Le danger pour la démocratie est que les citoyens voient dans cette course au centre le bien-fondé des idées populistes comme quoi les hommes et les femmes politiques ne sont que des carriéristes et qu’ils n’ont d’autres envies que le pouvoir et les prébendes qui vont avec. Cette vision qui traverse toutes les époques est particulièrement dangereuse dans ces temps où le peuple voit mal comment l’action politique peut résoudre ses problèmes devant la mondialisation, le terrorisme et les grands flux financiers indépendants sans parler de la « menace extérieure » chère à toute communauté et qui se manifeste désormais, comme aux temps de l’empire romain finissant, part l’invasion des barbares, traduisez par l’immigration débridée et la perte d’identité nationale.

 

Mais le danger est aussi dans l’appauvrissement du débat politique et dans « l’oubli » des grandes décisions à prendre. « Mettons-nous au centre et nous pourrons continuer comme avant mais en faisant plaisir aux électeurs » semblent dire de nombreux chevaux politiques sur le retour. Dès lors, le pragmatisme attaché au principe de réalité dont les deux points d’ancrage sont la liberté puis la solidarité qui caractérise le Centrisme devient inaudible et se voit diluer par des paroles bien-pensantes d’union nationale et d’apaisement du débat politique.

 

Ce danger est particulièrement grave car il revient, sous couvert d’un « juste milieu » à ne prendre aucune décision alors que la France doit en prendre d’urgence. Cette mode du Centre n’est alors qu’un paravent. Et la réconciliation nécessaire et urgente des Français avec la France , l’Europe et le monde passe à la trappe.

 

Car nous ne sommes pas ici en train de maugréer comme ceux qui s’approprient une idée ou un sigle sur notre dépouillement du Centre par des bandes de hooligans. Si cette appropriation signifiait que tout le monde devient véritablement centriste, nous n’aurions qu’à nous en féliciter et à nous dire que le monde ne pourra qu’aller mieux. Mais, vous l’avez compris, ce n’est pas ce qui est en train de se passer. Tirer la sonnette d’alarme d’un train fantôme qui risque de faire de multiples dégâts dans le pays et dans la mouvance centriste est notre seule motivation. Que les gens de Droite assument leur positionnement. Que les gens de Gauche fassent de même. Et s’ils ont eu la révélation centriste ( !) qu’ils rejoignent les partis et associations qui existent déjà. Mais, sans doute, ce serait nettement moins lucratif…

 

 

Alexandre Vatimbella

 

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